Analyses

Voyager depuis le Musée de la Photographie ou depuis votre fauteuil!

‘A Journey’: des tirages particuliers

Dans les librairies dignes de ce nom ainsi que dans ce qu’on appelle communément les marchands de journaux, où on vend cigarettes, boissons, chips, tickets de Lotto et autres à côté de publications papier, on trouve souvent une étagère dédiée aux livres de voyage. Evidemment, en fonction de l’endroit, leur qualité n’est pas toujours la même. Ces livres sont généralement remplis d’informations générales sur les choses à voir et les endroits où manger et dormir! Le tout, illustré au moyen d’images banales qui ne vous donnent pas plus envie d’acheter ça plutôt qu’une barre de chocolat. Dans le cadre d’une exposition qui s’y tiendra jusqu’au 22 septembre, le Musée de la Photographie de Charleroi prouve qu’il peut – ou en tout cas qu’il pouvait – en être autrement.

L’exposition ‘Pays de papier: les livres de voyage’ nous donne un aperçu des trésors de livres qui ont permis à partir des années 20 à un certain public de découvrir des pays étrangers par écrit et en images. Ces destinations étaient souvent inaccessibles pour une grande partie de la population, tant en raison de leur situation géographique que de leur prix. Bon nombre de ces livres se retrouvent désormais dans des caves, des greniers, sur des marchés aux puces et de temps en temps chez un antiquaire. Sous le titre ‘Portrait de pays ou pays de papier’, on trouvait jusque dans les années 70 des livres où la qualité de la photographie jouait un rôle de premier plan, accompagnée de textes littéraires rédigés par de belles plumes. Il s’agissait à l’époque de comprendre l’esprit des peuples, de découvrir l’âme de l’une ou l’autre région et l’histoire de ses villes. La plupart de ces titres souvent oubliés étaient de vraies pépites, témoins d’une véritable expertise, des portraits lyriques dressés par les plus grands photographes du siècle dernier, comme Izis, Paul Strand, Doisneau, Brassaï et par des auteurs comme Ernest Hemingway, Paul Morand, André Malraux, Jean Giono, Marcel Proust et Balise Cendrars. La bibliothèque d’un voyageur rêvait de nouveaux horizons comme l’Algérie, la Chine, le Japon et les Etats-Unis, mais portait aussi un regard plus original sur les îles grecques, Venise, Paris et Istanbul.

La fin de l’ère de ce type de livres a sonné à l’aube du tourisme de masse au début des années 70, lorsque les voyageurs ont commencé à prendre eux-mêmes des photos de leurs excursions. L’intérêt pour des textes de qualité a disparu au même moment. En parallèle, les journaux et les magazines se sont lancés dans la publication de reportages touristiques faits de textes et d’images. Les livres de vraie photographie et de littérature qu’on posait avant sur sa table de salon sont devenus chose rare, même si quelques grandes sociétés touristiques en publient encore de temps en temps, comme la Compagnie du PONANT ou Travel Productions avec son ‘A Journey’ qui tourne son regard vers l’avenir de l’industrie touristique. Tous nos éloges pour le rédacteur en chef et auteur Robrecht Willaert et Gerrit Op de Beeck, à l’origine du concept et des photos de qualité qu’on y retrouve.

Le Musée de la Photographie de Charleroi a réussi, en collaboration avec la Faculté des Lettres de la KU Leuven et RIMELL (Recherches interdisciplinaires sur la muséographie et l’exposition de la littérature et du livre), à exposer un bel éventail de cette collection de livres, d’un certain âge, mais aussi d’une certaine qualité. En outre, cette exposition est pour tout voyageur un aperçu nostalgique de la façon de voyager au siècle dernier. Un livre accompagne cette exposition et vous permet de partir en voyage depuis votre propre fauteuil.

Plus d’infos sur www.museephoto.be

Par Firmin De Maïtre
Viet Nam, 1951. Couverture © Michel Huet
Izis, Paris des rêves, Clairefontaine, 1950, couverture © Izis Bidermanas
Maroc terre et ciel,1954. Couverture © Bernard Rouget/SABAM Belgium 2019

 

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