Analyses

Feuilleton TM sur le Brexit (épisode 1): “L’industrie touristique avance à l’aveugle”

L’ensemble de l’industrie voyagiste, aussi bien au niveau national qu’international, exprime ses inquiétudes par rapport à l’impact du Brexit, peu importe la forme qu’il prendra (deal ou no-deal), sur ses activités en 2019. Les entreprises mettent en garde leurs investisseurs sur les conséquences possibles et leurs objectifs de croissance sont également réévalués. Bien que les incertitudes restent bien présentes quant aux conditions de la sortie du Royaume-Uni de l’UE, les signes indiquent que les organisateurs de voyages se préparent eux aussi à un Brexit dur. De tels efforts impliquent des frais directs et indirects, peu importe l’issue finale des négociations.

Travel Magazine a fait le tour des associations professionnelles belges et internationales, des tour-opérateurs, des autocaristes et d’autres moyens de transport et s’est penché sur les conséquences possibles du Brexit pour chaque secteur spécifique. Quelles sont les mesures mises en place au sein des organisations pour faire face aux scénarios potentiels? D’ici au 29 mars, le jour de la sortie officielle du Royaume-Uni de l’Union européenne, Travel Magazine vous fera part de leurs réactions dans un feuilleton ‘Brexit’.

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“Le Brexit peut aussi toucher votre entreprise touristique,

même si vous n’en croyez rien de prime abord.”

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FTI: “L’incertitude est notre unique certitude.”

Bernard Tuyttens (Fédération de l’Industrie Touristique): “L’incertitude est notre unique certitude. Et celle-ci n’est pas près de s’estomper. L’opinion publique au Royaume-Uni n’est pas la seule à perdre la tête face au déluge d’informations sur le sujet. L’industrie voyagiste sur le continent avance aussi à l’aveugle. L’imprévisibilité des choses amène son lot d’incertitudes, c’est pourtant une caractéristique essentielle de tout espace économique de permettre aux entreprises de fournir de bons services. Il est très rare de voir un nuage d’incertitudes juridiques aussi important que celui qui plane aujourd’hui au-dessus du Royaume-Uni.” Si le parlement britannique approuve l’accord, le Royaume-Uni sortira quoi qu’il en soit du marché unique et de l’union douanière. Si le parlement refuse l’accord récemment négocié avec l’UE, risquons-nous de nous retrouver face à un Brexit particulièrement brutal? Ou le contraire: vivrons-nous un second référendum qui permettrait au Royaume-Uni de rester parmi les membres de l’UE? Ce n’est qu’une infime partie de ce qu’on peut lire dans les articles récents.”

Les chemins de fer

“Un haut responsable annonce que les chemins de fer britanniques continueront de travailler en collaboration avec l’Union européenne. Mais le gouvernement britannique prévoit de grandes difficultés pour la circulation ferroviaire en cas de Brexit ‘dur’ en raison de l’absence d’autorisations (notamment l’Eurostar vers Londres, qui représente 40 liaisons quotidiennes via le tunnel sous la Manche). De nouvelles autorisations devraient alors être négociées indépendamment avec chaque pays. Il existe une réelle chance que nous atterrissions dans une telle situation.”

L’aviation

“EasyJet remplace déjà ses licences de pilotes britanniques par des licences autrichiennes (pour ses pilotes basés sur le continent) et crée pour ce faire une aile autrichienne. La raison? Les licences britanniques pourraient devenir invalides. Ryanair (actif dans 21 aéroports britanniques) a demandé une licence de vol britannique pour pouvoir continuer de voler sans problèmes en Grande-Bretagne après le Brexit. Les entreprises touristiques se suivent pour prendre des mesures visant à garantir leur connectivité avec le Royaume-Uni. La Commission européenne a publié un ‘No Deal Contingency Plan’ le 19 décembre dernier. Une des 14 mesures (qui causeront de grosses perturbations pour les personnes et les entreprises dès leur entrée en vigueur le 30 mars 2019) reprises concerne l’aviation. Celle-ci garantit le maintien de vols entre le Royaume-Uni et l’Europe continentale en cas de ‘no deal’ (la non-ratification de l’accord de sortie par le parlement britannique). A partir du moment où le Royaume-Uni ne fera plus partie de l’espace aérien unique, la Commission s’assurera qu’un minimum de connectivité reste garanti pour autant que le Royaume-Uni accorde les mêmes droits aux compagnies européennes et que la concurrence ne soit pas faussée. Ce plan est valable pour 12 mois. En outre, la validité d’une série de licences de sécurité sera prolongée de neuf mois. Un soulagement pour tous. Mais cette bonne nouvelle est entourée de son lot de points d’ombre, qu’il s’agisse des formalités douanières, des impôts indirects, des autorisations d’export, de la variabilité des cours, de normes européennes contradictoires, de l’accréditation et de la conformité, du droit du travail, de la sécurité et du screening des bagages, de la sécurité du transport aérien, des droits de transport, des droits des consommateurs qui restent d’application ou non, du danger de la concurrence déloyale, des contrats ‘Brexit proof’, des exigences de qualité…”

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“Nous n’avons encore jamais connu

de nuage d’incertitudes juridiques aussi important

que celui qui plane aujourd’hui au-dessus du Royaume-Uni.”

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“Existe-t-il des subsides pour adoucir la transition vers un Royaume-Uni ayant quitté l’UE? Existe-t-il un ‘scan sur l’impact du Brexit’ pour mon entreprise, qu’elle soit francophone ou néerlandophone? La réponse est oui: le Flanders Investment & Trade compte déjà une longue réflexion et quelques initiatives derrière lui. Le Brexit peut aussi toucher votre entreprise touristique, même si vous n’en croyez rien de prime abord. Ceci pourrait découler d’un manque de clarté sur l’application d’une série de règles, mais aussi de la réaction des marchés. C’est toujours une évidence de conseiller aux gens de se préparer à tous les scénarios possibles. Personne ne peut prévoir l’ampleur et l’intensité des contrôles frontaliers à venir. Et, évidemment, certaines régions en Belgique exportent énormément vers le Royaume-Uni. En cas de Brexit ‘dur’, cette situation pourrait ralentir la croissance économique belge.”


Ryanair s’assure une AOC britannique

Ryanair a déjà assuré ses arrières la semaine dernière. La compagnie a en effet obtenu une AOC (Air Operator Certificate) de la part des autorités aériennes britanniques. L’obtention de cette licence permettra à Ryanair UK d’opérer des vols intérieurs et d’assurer des liaisons vers des pays hors UE même après le Brexit. Ryanair précise toutefois que l’Union européenne et le Royaume-Uni doivent encore trouver un accord afin d’éviter des problèmes éventuels pour le transport aérien durant la saison 2019. La Commission européenne avait présenté un plan d’urgence en décembre en cas de no-deal pour le Brexit, ce qui aurait permis de garantir le trafic aérien sans trop de perturbations. Le Royaume-Uni a également signé un accord Open Skies post-Brexit avec le Canada et les Etats-Unis, qui permet de garantir la circulation aérienne entre ces trois pays.

Ne manquez pas la suite de notre série au cours des 11 prochaines semaines!

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