Analyses

Thomas Cook Belgique: réactions de l’industrie voyagiste

Dans le nouveau numéro de Travel Magazine (TM 435), vous trouverez l’article ‘Thomas Cook: la fin d’une histoire?’ reprenant quelques réactions d’acteurs importants de l’industrie voyagiste belge après la faillite de Thomas Cook Belgique. Vous trouverez ci-dessous leurs témoignages en version intégrale.

Entre-temps, nous avons appris que le groupe espagnol Wamos allait reprendre 62 agences Neckermann réparties un peu partout sur le territoire belge. Les départements incentives, e-commerce, média et croisières poursuivront également leurs activités. Dix membres du personnel qui travaillaient dans des services de support garderont eux aussi leur emploi. Vous pouvez également lire à ce sujet l’analyse de notre rédacteur en chef, Robrecht Willaert, en cliquant ici.

La rédaction de Travel Magazine

Wim Desmet (fondateur de Neckermann Belgique): “Perdre un enfant est très grave. Cela semble peut-être exagérément émotionnel, mais la fin ‘inutile’ de Thomas Cook et de Neckermann Belgique fait très mal. Cela me fait mal, non seulement pour moi, mais pour tous ces collègues d’aujourd’hui et d’hier, qui ont travaillé corps et âme pour cette entreprise. Le tsunami venu de Grande-Bretagne et qui s’est abattu sur toute l’Europe est un vrai scandale. Il a non seulement coûté leur travail à des dizaines de milliers d’employés, mais aussi touché des centaines de milliers de clients. Sans parler de tous ces partenaires et collaborateurs à destination. Des hôteliers, des entreprises logistiques, des petits restaurateurs et magasins touristiques voient leur avenir s’obscurcir. Les causes de cette hémorragie sont multiples. On deviendrait féroce pour moins que ça. Mon époque est révolue depuis plus de dix ans. Je puis affirmer non sans fierté que j’ai laissé derrière moi l’œuvre d’une vie, à l’épreuve du futur. Conçue et développée avec une multitude de précieux collègues. Je souhaite le meilleur à tous les anciens collaborateurs de Thomas Cook et Neckermann. J’espère que ces deux marques solides pourront renaître de leurs cendres, armées de stratégies tournées vers l’avenir et du bon soutien technologique dans le monde des voyages, des vacances et des loisirs.”

Luc Coussement (président de l’ABTO): “Avec la faillite de Thomas Cook Belgique, le marché voyagiste belge perd un acteur de premier plan, un employeur pour de nombreux professionnels du voyage et un membre apprécié de notre association professionnelle. Ces dernières années, nous avons constaté que Thomas Cook fournissait des efforts considérables et introduisait de nombreux changements, poussés par les multiples défis auxquels notre secteur fait face. Le tour-opérateur a ainsi lancé une série de nouveaux produits, abandonné ses activités aériennes et relégué une grande partie des tâches de base à sa maison-mère. Malgré tous ces changements, Thomas Cook a réussi à chaque fois à bien présenter ses produits au public. Mais même quand toutes ces belles campagnes arrivaient à convaincre les vacanciers belges, les efforts ne pouvaient pas cesser. Le poids du passé a pesé trop lourd sur la structure du groupe.”

Piet Demeyere (TUI): “Thomas Cook et TUI, deux concurrents et collègues par excellence, ont été contraints pendant toutes ces années de rester sur le fil du rasoir et de réagir rapidement aux défis. Ce rapport a entraîné une professionnalisation croissante dans le secteur, de sorte que le consommateur a profité d’excellents produits et services. Au fil des ans, les travailleurs sont également passés d’une entreprise à l’autre. De nombreux professionnels du secteur ont donc été formés par les deux marques. TUI souhaite bonne chance à tous les collègues concernés par cette faillite!”

Jan Van Steen (Omnia Travel/BTO): “C’est une véritable catastrophe pour notre secteur (pour Omnia Travel en tant qu’organisation, les dommages se limitent à quelques dossiers). L’impact est comparable à la chute de la banque Lehman Brothers durant la crise financière de septembre 2008. Les clients de notre secteur sont bien protégés par le Fonds de Garantie Voyages, mais l’image du secteur va en prendre un coup et nous ne savons pas encore comment les clients vont y réagir. Tout cela est un signal important pour le secteur. Si nous ne nous adaptons pas au changement de comportement des consommateurs et aux nouvelles technologies, notre avenir sera lui aussi en péril.”

Paul Geyssens (Regional President d’UNIGLOBE Travel): “La disparition du groupe Thomas Cook est avant tout un drame social et familial pour les centaines de collaborateurs engagés. Pendant une période de changements, il faut parfois prendre des décisions difficiles. Et la vitesse à laquelle tout change actuellement – au niveau des entreprises et des technologies – n’a jamais été vue auparavant. C’est un cauchemar pour certaines et un vrai défi pour d’autres. J’espère que le secteur voyagiste belge tirera les leçons de ces événements et fera preuve d’ouverture face à un monde en plein changement. Le verre est à moitié plein, en dépit de tous les défis. Avec votre propre vision, vous devez faire ce que vous dites et impliquez votre personnel, car toutes les solutions sont à portée de main. Nous sommes tous tristes de voir comment cela se passe, mais un homme averti en vaut deux. Avec tout mon respect pour les anciens employés de Thomas Cook.”

Eric Dubois (administrateur de Gigatour): “Thomas Cook, c’était un personnel compétent et toujours aimable au siège. Malheureusement, Thomas Cook c’était aussi un management qui n’était pas à la hauteur des défis de demain, ce qui a entraîné une perte de confiance des agences de voyages lorsque ce management a décidé de tout miser sur sa propre marque, Neckermann, en délaissant les agences de voyages indépendantes.”

Pieter Demuynck (président de Selectair): “D’un point de vue contractuel, nos chemins s’étaient séparés depuis Sunsnacks (NUR). Lors de récents entretiens, nos visions se sont avérées encore trop divergentes. Nos membres travaillaient évidemment avec eux, et nous nous efforcions de les conseiller au mieux. Nous y verrons plus clair sur le champ de bataille lorsque la poussière sera retombée: on se rendra alors compte des dommages collatéraux, chose dont n’ont pas encore conscience bon nombre de protagonistes. Il existe néanmoins aussi des opportunités, comme courtiser leurs clients pour ainsi élargir nos portefeuilles. Le manque de personnel compétent peut lui aussi être réglé rapidement.

Koen van den Bosch (CEO de la VVR): “A titre personnel, je peux seulement dire que j’ai travaillé avec plaisir et pendant de longues années pour Thomas Cook. J’ai pourtant décidé d’y mettre un terme à un moment donné, principalement parce que je ne me retrouvais plus dans certaines décisions prises par la direction. Je suis alors passé à la VVR. Pour cette organisation, Thomas Cook était évidemment un acteur de taille. Thomas Cook devait former un contrepoids à TUI, pour ainsi préserver l’équilibre dans le duopole belge. Le fait que Thomas Cook joue principalement la carte de Neckermann et néglige de soutenir la marque Thomas Cook et de développer de plus belle la relation avec les agents de voyages indépendants était difficilement compréhensible pour nous à la VVR. Il est triste de voir que pendant nos conversations, il était souvent question de la santé financière de nos membres, alors que c’est bien ça qui a fait défaut au Thomas Cook Group et entraîné Thomas Cook Belgium dans sa chute. Ils auraient plutôt dû compter sur les agents de voyages indépendants comme partenaires et ambassadeurs.”

Antoon van Eeckhout (VVR): “Au cours de mes quelque 50 ans de carrière, j’ai rarement entendu autant d’inepties et vu défiler autant de personnes qui avaient si peu de connaissances et de vision dans un secteur comptant pourtant parmi les plus importants au monde.

Des délégués syndicaux, des touristes, des analystes financiers, des économistes, des hôtesses, un ministre et bien d’autres y sont allés de leur commentaire (fondé ou non). Cela a commencé dès le premier gros titre: le plus vieil organisateur de voyages au monde fait faillite! Le Thomas Cook qui a déposé le bilan le 23 septembre dernier à Londres n’a rien à voir – à l’exception de son nom – avec l’homme et l’entreprise qui avait organisé un voyage (d’un jour) le 5 juillet 1841. Les causes de cette faillite feront encore couler beaucoup d’encre à l’avenir. Je livrerai moi aussi mes impressions.

Pour l’instant, je n’ai que quelques considérations qui n’engagent que moi:

  • Au cours des 30 dernières années, TUI a eu trois CEO, Thomas Cook des dizaines!
  • Par le passé, le deuxième plus gros protagoniste dans chaque marché a soit fait faillite, soit été absorbé.
  • Les marges dans le secteur voyagiste sont si réduites que la moindre perturbation du marché DOIT inéluctablement entraîner des catastrophes.
  • Qui dépend des banques inocule d’emblée un virus mortel à son entreprise.
  • Les CEO des méga-entreprises se considèrent comme multi-compétents et n’ont pas le moindre lien émotionnel, ni avec leur entreprise ni avec le secteur. Ils sont comparables aux chefs des mercenaires qui passent d’un champ de bataille à un autre et qui s’enfuient avec le butin une fois la défaite en vue.”

 

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