Analyses

Un deuxième Cambodia Travel Mart réussi

Gilbert Roels, senior reporter Travel Magazine

Après une première édition à Siem Reap, ce fut à présent au tour de la capitale Phnom Penh de jouer les amphitryons pour le Cambodia Travel Mart. Le lieu de cet événement qui s’est tenu à la mi-octobre était le Diamond Island Convention & Exhibition Center. Quelque 110 prestataires se sont présentés aux hosted buyers et aux médias. Outre les vendeurs majoritairement locaux, on notait la présence remarquée et remarquable de fournisseurs étrangers. Comme les offices de tourisme de l’Indonésie, la Corée, la Thaïlande, du Myanmar, des Philippines et de Taiwan. Sans oublier des compagnies aériennes telles qu’ANA, Vietnam Airlines et Bangkok Airways. Quelque 150 acheteurs (dont une centaine hosted) pouvaient s’adresser à ces dernières. Tout comme une cinquantaine de médias, dont seulement seize journalistes internationaux. Au total, près de 2.000 personnes ont assisté à l’événement, provenant de 80 pays différents.

Le nouveau site du salon était plus spacieux que celui de Siem Reap, mais paraissait plus froid et moins cosy. Les stands étaient généralement plus spacieux, mais nous avons cherché en vain les petits prestataires locaux d’hôtels, de guesthouses et d’écotourisme qui étaient en revanche présents à Siem Reap.

Conférences et panels

Différentes conférences et présentations étaient au programme de ce salon. La principale d’entre elles fut sans conteste celle du Mekong Tourism Coordinating Office (MTCO), organisateur du célèbre Mekong Tourism Forum. Ce bureau, composé de spécialistes tels que l’auteur de Lonely Planet, Nick Ray, et sous la houlette de Jens Thraenhart, executive director, étudie depuis des années les stratégies à suivre pour le tourisme dans la grande sous-région du Mékong, soit la Thaïlande, le Laos, le Cambodge, le Vietnam, le Myanmar et la province chinoise du Yunnan, sans oublier la région autonome de Guangxi Zhuang.

Le tourisme réceptif dans cette région enregistre la plus forte croissance au monde. Rien qu’entre 2004 et 2006, l’augmentation était de 25%, avec un retentissant 61% pour le Cambodge. Au cours des années suivantes, c’est principalement le Myanmar qui a connu un essor touristique considérable. Depuis, la quasi-totalité des pays concernés ont enregistré une croissance permanente. Raison de plus pour le MTCO d’élaborer une stratégie pour les années 2016-2025, avec le soutien de l’Asian Development Bank. La stratégie englobe des compétences marketing visant à promouvoir la région comme une destination globale, la formation du personnel avec une attention particulière pour la population féminine, la protection du patrimoine, le tourisme durable profitant à la population plus démunie, l’engagement du secteur privé, les facilités transfrontalières et, enfin, le développement de l’infrastructure touristique. Toutes les infos relatives à ce projet prestigieux et de grande envergure figurent sur le site www.mekongtourism.org/about/tourism-sector-strategy/.

Le Cambodge aujourd’hui

Le nombre de touristes et de voyageurs MICE visitant le Cambodge va croissant depuis 2004. L’an dernier, le pays en a enregistré plus de 5,7 millions, soit une augmentation de près de 12% par rapport à 2016. L’augmentation est due en bonne partie (ou est imputable) au nombre grandissant de touristes chinois. Ce qui est peut-être bon pour l’économie, mais pas pour un tourisme de qualité. En raison des hordes de Chinois accros aux selfies, il est pratiquement exclu de prendre une photo digne de ce nom des célèbres temples d’Angkor. Sauf à l’aube. Pour la plupart des opérateurs occidentaux, la destination balnéaire de Sihanoukville n’est de préférence plus proposée. En raison de la multitude de casinos chinois, de supermarchés chinois (avec personnel chinois) et d’hôtels construits pour les Chinois, les Occidentaux et même les Cambodgiens ne s’y sentent plus les bienvenus. A Phnom Penh, les médias étrangers étaient logés à l’hôtel Naga World 2. Avec le Naga 1 (relié par une promenade souterraine), l’ensemble totalise plus de 1.600 chambres. Sans oublier une série de restaurants, de boutiques, de casinos et de salles remplies de bandits manchots et autres machines à sous. Paillettes et plaqué or omniprésents et accueil par une des Miss Naga World. Nous n’avons pas pu obtenir de chiffres officiels, mais sur la base de nos constatations, les trois quarts des clients sont chinois. Les chambres sont très correctes, mais reste à voir si des Occidentaux pourront s’y sentir à l’aise.

Des voix s’élèvent pour limiter le nombre de charters chinois bon marché à destination du Cambodge pour ne plus se focaliser que sur les touristes et les voyageurs d’affaires chinois au portefeuille plus garni. Mais personne vous ne le dira de manière explicite.

Decision makers

Kevin Rangsey, managing director de SlickBooth, co-organisateur de ce CTM: “L’industrie touristique en plein essor de ce pays a besoin d’un salon comme le CTM pour montrer aux professionnels du tourisme du monde entier tous les atouts et atours du pays. Le Cambodge est une destination relativement jeune. Nos DMC et hotel managers devaient par le passé toujours se montrer dans des événements organisés par les pays voisins comme la Thaïlande ou durant des salons ATF. A présent, ils peuvent promouvoir leurs produits et services dans leur propre pays. Cela contribue à profiler le pays comme une destination à part entière.”

Harry Grieg, area marketing manager de Sofitel: “Le tourisme continuera à se développer, en particulier au départ de nouveaux marchés en Asie même. Toutefois, nous devons nous concentrer davantage sur le marché MICE, surtout pour ce qui est de la capitale Phnom Penh. Et considérer principalement Siem Reap comme une destination leisure. Le pays est de plus en plus accessible, ce qui offre de nombreuses possibilités pour le secteur MICE.”

Benoit Jancloes, general manager de l’hôtel Sokha Phnom Penh: “Les pays du Sud-Est asiatique et la Corée du Sud surtout étaient fortement représentés sur le plan des buyers durant ce CTM. Après la Chine, la Corée du Sud était un des principaux pôles de croissance et nous devons dès lors nous concentrer sur ce pays. L’Inde est un autre marché en plein essor, et la présence d’une importante délégation de ce sous-continent ne fait que confirmer cela.”

Un vendeur belge

Cette année, on ne trouvait qu’un seul prestataire belge implanté au Cambodge. En l’occurrence Jef Moons, ceo du resort Knai Bang Chatt à Kep, un ‘luxury barefoot resort’ pour reprendre ses termes. Jef Moons a définitivement quitté la Belgique pour Kep en 2005 et a transformé plusieurs villas abandonnées en un resort de luxe et a entre-temps fondé le premier club de voile du pays.

“D’une manière générale, j’ai trouvé que cette deuxième édition du CTM était bien organisée. La surface du salon était plus importante, mais le nombre de sellers et de buyers était un peu moins élevé. Je m’attendais en fait à une augmentation des deux, attendu que le nombre de touristes se rendant au Cambodge est en augmentation constante. Ce fut pourtant plus calme qu’à Siem Reap l’an dernier. On ne peut que se réjouir de la visite du ministre du Tourisme sur chaque stand du salon. Mes contacts avec les acheteurs et la presse étaient excellents sur le plan qualitatif. Ceux-ci provenaient principalement d’Europe et des Etats-Unis, mais aussi de marchés nouveaux pour moi comme l’Europe de l’Est, l’Inde et la Corée du Sud. De nombreux acheteurs étaient surpris de l’importance de l’offre du Cambodge et voulaient promouvoir le pays comme une destination en soi. Notre destination côtière s’inscrit dès lors parfaitement dans ce cadre. Je fus dès lors particulièrement heureux de pouvoir assurer une présentation ‘Knai Bang Chatt – a sense of unity where people harvest’ devant le public présent.”

Troisième édition en préparation

Embrayant sur le succès de cette première édition, Thong Khon, ministre du Tourisme, a d’emblée annoncé l’édition suivante. Celle-ci aura de nouveau lieu dans la capitale Phnom Penh. Les dates et lieux exacts ne sont pas encore connus, mais il y a fort à parier que la prochaine édition aura pour cadre le gigantesque complexe hôtelier de Sokha Phnom Penh, situé au sommet de la presqu’île entre Tonlé Sap et le Mékong. L’organisation sera à nouveau confiée au ministère du Tourisme, SlickBooth Events & Public Relations et TTG Events. Elle bénéficiera du soutien entre autres de la Cambodia Tourism Federation, la Cambodia Association of Travel Agents, la Cambodia Hotel Association, Cambodia Airports et PATA.

Infos: http://ctmcambodia.com/en/

Comments