Analyses, Destinations

Salaün (BT Tours) à Madagascar

Par Eric Valenne

Salaün Holidays a organisé un voyage à Madagascar pour montrer son offre et la qualité de ses prestations ainsi que les attraits de la destination. Mais le tour-opérateur a surtout tenu à montrer ce qu’il réalisait sur place en faveur de l’écotourisme (notamment avec la participation de son partenaire aérien privilégié: Air France). Car si l’île rouge a énormément d’atouts en termes de circuits et de découvertes, et que Salaün y propose plusieurs formules et circuits, ce voyage de presse avait également pour but de montrer que le tourisme longue distance n’est pas incompatible avec générosité et durabilité.

Des voyages qui enrichissent de part et d’autre

Le principe est simple: si voyager loin s’avère lourd en termes de bilan CO2, un tel déplacement permet d’améliorer la vie quotidienne des citoyens du pays visité, mais également de compenser son bilan carbone. Et ce, via toutes sortes de projets et diverses actions. De plus, un tel voyage apporte un enrichissement bilatéral: il enrichit le voyageur, mais également celui qui l’accueille. Comme le dit un proverbe malien: “Le voyage permet la rencontre, la rencontre permet la connaissance et la connaissance permet la confiance.” Une brillante démonstration en a été faite par Michel Salaün (58 ans) et son équipe. Si en Belgique, quand on évoque son nom, cela ne dit (encore) pas grand-chose (car il est basé en Bretagne), il faut savoir que le T.O. Salaün Holidays est passé en une vingtaine d’années du stade de petit poucet régional à un des géants du tourisme de loisirs en France (136 agences en propre et 3.200 points de vente). Lequel est proposé chez nous par les agences BT Tours qui reprennent ses produits (catalogue Voyages Salaün Holidays) auxquels s’ajoutent notamment les branches spécialisées Nordiska (pays scandinaves), Pouchkine (Russie et pays de l’Est) ainsi que Hugh (Amérique du Nord), etc.

Pas de greenwashing

Pour le groupe Salaün, il est important que l’industrie touristique serve notamment à améliorer la rencontre entre les voyageurs et les populations locales. Si faire une surenchère n’est pas un but de publicité ni de notoriété, Salaün Holidays est cependant un des quelques tour-opérateurs de voyages de l’Hexagone à avoir obtenu la palme de tourisme durable en 2018 et qui satisfait aux exigences d’ATR (Agir pour un Tourisme Responsable) dont il a reçu le label en suivant un cahier des charges exigeant. A ce sujet, Michel Salaün évoque le bilan carbone de son groupe à plus de… 76.000 tonnes de CO2 par an (une tonne vaut un voyage aller/retour Paris-New York). Ce bilan se répartit en 3,5% en termes de gestion et d’administration du T.O. et les 96,5% restants en termes de voyages. Le voyagiste s’implique donc dans divers projets et travaille avec plusieurs associations ou ONG comme Agrisud International, EcoTree (startup bretonne) et Trip and Tree (avec Air France) qui disposent du savoir-faire pour superviser les démarches de reboisement, par exemple. Comme celle qui consiste à replanter à Madagascar plus de 240.000 arbres, notamment près du lac Itasy, au centre de l’île (ndlr. ce reboisement permet de soulager les surfaces forestières de l’île, qui était jadis boisée à 85%, et de leur éviter d’être grignotées pour finir en charbon de bois). Pour Michel Salaün (qui est un des premiers partenaires loisirs de la compagnie aérienne Air France avec 76% de ses pax), “depuis quelques années, nous agissons un peu partout via divers projets, notamment ici en termes de reforestation, car il est plus que nécessaire de compenser quand on voyage loin!” Ajoutons l’implication de quelques partenaires bretons dans l’aventure comme ‘Amitié Madagascar Bretagne’ et leur rôle dans des projets villageois (pompes et puits, santé et dispensaires, orphelinats, bibliothèques, éducation…). Lors du voyage, nous avons visité un atelier de réinsertion grâce à la ferronnerie (Dieu Donné et Violette), une fromagerie (coopérative), une production de foie gras (Behenjy), bref, des projets fantastiques qui marchent très bien et qui donnent chaud au cœur tant ils redonnent confiance aux agriculteurs et à une population parfois malmenée par toutes sortes de facteurs (politiques, économiques…). Et Michel Salaün de conclure: “Cela fait plus de dix ans que nous nous impliquons et nous comptons en faire davantage. Et ce n’est pas du greenwashing!”

Tourisme solidaire

Loin d’être rébarbatif ou moralisateur, le tourisme solidaire permet de voir un pays de manière un peu plus intime et humaine tout en voyageant. C’est ainsi que le T.O. contribue à diverses actions de ce type dans six destinations: le Vietnam, le Pérou, l’Inde, l’Afrique du Sud, l’Ouzbékistan et Madagascar depuis 2013. Sur l’île rouge, la démarche se traduit concrètement par le programme ‘Madagascar Autrement’ qui permet aux participants de découvrir le bienfait de ces actions humanitaires (visites des réalisations, rencontres, dégustations, etc.). Sur les circuits ‘Panoramas malgaches’ et ‘Madagascar, la grande île’, une journée solidaire est organisée avec visites de projets (orphelinat, écoles…). Le voyageur qui souscrit à ces voyages reverse également la somme minimale de 20 euros à l’association AMB, ce qui a fait pour 2018 déjà quelque 3.500 euros récoltés. Une goutte d’eau dans les 150.000 euros versés chaque année par le T.O. aux projets de tourisme solidaire dans les six pays susmentionnés.

Avec Air France

Annick Pellerin.

L’aller-retour se faisait avec Air France en Boeing 777 de CDG sur Antananarivo (durée: 10h45). Quant à l’implication de la compagnie nationale française dans les programmes de compensation au CO2, elle se traduit notamment par le programme ‘Trip and Tree by AF’. Annick Pellerin, directrice des ventes tourisme Air France/KLM: “On parle beaucoup des émissions du secteur aérien, mais il faut relativiser. Air France vole avec des avions plus légers, qui consomment moins. Et AF souhaite offrir à ses passagers la possibilité de participer aux divers projets de reforestation, portés notamment par son partenaire A Tree For You (ATFY). Ces projets sont sélectionnés par des experts scientifiques reconnus pour leurs actions en faveur de l’environnement et le rôle qu’ils jouent dans le développement des populations locales.” Ajoutons qu’un des objectifs est d’améliorer de 20% l’efficacité énergétique d’ici 2020 (économie circulaire, recyclage, digitalisation et téléchargements, etc.). Quelques chiffres: 4.103 billets d’avion offerts à des ONG, 13 millions d’euros alloués à des projets sociaux et environnementaux, 94 projets dans 39 pays pour l’enfance, etc.

Le ministre du Tourisme en personne

Michel Salaün et Joël Randriamandranto.

Une rencontre était organisée avec le nouveau ministre malgache du Tourisme, des Transports et de la… météorologie, Joël Randriamandranto. Elu il y a moins d’un an sous le signe de la bonne gouvernance et de la lutte anticorruption, celui-ci connaît bien le monde du tourisme, car il était tour-opérateur national et réceptif ainsi que directeur durant huit ans de l’office de tourisme malgache. Joël fait partie du nouveau gouvernement depuis début 2019. Il nous a précisé que Madagascar vise à renforcer le tourisme sur l’île, qui a un potentiel énorme. Pour ce faire, il va y avoir des forums d’investisseurs cette année (notamment avec les partenaires mauriciens). “Nous sommes un marché très fragile, car dès qu’il se passe quelque chose chez nous, le tourisme chute. Il y avait 375.000 touristes en 2008. Puis, la crise a suivi avec une chute que nous n’avons pas réussi à combler depuis lors, même si nous sommes remontés à 213.030 touristes en 2018. Nous visons le demi-million de visiteurs dans quelques années. La France (60.000 pax en 2018) est le premier marché émetteur, dont 44% réservent via un voyagiste (500 pax Salaün, dont 300 en circuits en 2018), avant l’Italie (2.690 pax).

Nous connaissons nos atouts et, en plus des classiques (nature, parcs, etc.), nous visons le développement d’hôtels clubs et de luxe avec six nouveaux hôtels clubs un peu partout sur l’île et de luxe également avec un Club Med et des hôtels avec nos partenaires mauriciens. Nous visons également l’économie bleue (croisière) en rendant certains de nos petits fleuves navigables toute l’année. Nous allons développer le rail également (croisières ferroviaires), sans oublier le golf, le MICE, etc. Nous allons ouvrir davantage notre ciel aux compagnies aériennes et mieux renforcer les vols domestiques et nous connecter sur les grands hubs (Dubaï, Bombay, etc.).

Nous savons où nous voulons aller, de quels moyens nous avons besoin et comment nous allons y arriver. Car si je suis là, c’est pour changer les choses!”

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