Analyses

Saint-Martin/St. Maarten Annual Regional Tradeshow

Saint-Martin renaît de ses cendres

Luc De Smet, senior reporter Travel Magazine

‘Chaque inconvénient a son avantage’, avait déclaré la légende du football Johan Cruyff; une phrase qui s’applique également à l’île de Saint-Martin dans les Caraïbes. Il y a deux ans, l’ouragan Irma a dévasté l’île, une catastrophe qui a aussi heureusement amené son lot de nouvelles chances, celles pour l’île de revenir sur le devant de la scène touristique sous un nouveau jour.

Un miracle

SMART, le salon professionnel régional dédié au tourisme dans le nord-est des Caraïbes, n’avait jamais attiré autant d’acheteurs et de fournisseurs à Saint-Martin que lors de sa dernière édition du 21 au 23 mai. Il faut dire que la région suscite un sérieux regain d’intérêt. Davantage de touristes, davantage de vols et le retour des grands navires de croisières. L’ouragan Irma a amené chaos et dévastation avec lui, et il en reste encore quelques traces. Ci et là, une épave est encore échouée, un petit avion est coincé dans un arbre et les bâtiments attendent les ouvriers. Mais personne ne s’est tourné les pouces et les premiers hôtels ont rouvert plus vite qu’on n’aurait pu l’espérer. A peine deux ans après une telle catastrophe, nous assistons à un vrai miracle. Environ 60% des infrastructures hôtelières sont à nouveau fonctionnelles. En septembre 2017, le Sonesta Maho Resort ne se résumait plus qu’à quelques blocs de béton. Pourtant, le luxueux Sonesta Ocean Point Resort a rouvert ses portes en décembre dernier et le Sonesta Maho Beach Resort, Casino & Spa en février. Une prestation extraordinaire, presque incroyable, car tout a été rénové: chambres redécorées, nouveaux meubles, nouvelles salles de bains… Absolument tout. Même les plantes et les palmiers du domaine sont arrivés par bateau depuis la Floride.

La délégation belgo-néerlandaise au SMART 2019.

Nouvelles chances

May Ling Chung

“Un malheur amène toujours de nouvelles chances, et tout le monde ici a réalisé ses ambitions”, déclare Wybren Meijer de la St. Maarten Hospitality & Trade Association (SHTA), et organisateur du salon SMART. “Le tourisme est notre plus grande source de revenus, nous n’avions donc pas d’autre choix que de nous retrousser les manches au plus vite. Et la situation n’a fait que s’améliorer. Les normes de construction sont plus strictes afin que les hôtels soient capables de faire face à des ouragans de catégorie 5 (contre une catégorie 3 auparavant) et que les infrastructures répondent aux besoins du tourisme actuel.” Ces efforts sont bien plus visibles dans la partie néerlandaise de l’île. Du côté français, les dégâts ont été plus importants, et la reconstruction avance plus lentement, car dans de nombreux cas les finances et les ambitions ne suivent pas. Mais les choses avancent tout de même plus vite que ce que les habitants avaient espéré. “Nous étions tous dans le même bateau, et les communautés française et néerlandaise n’ont jamais aussi bien collaboré”, explique May Ling Chung du St. Maarten Tourist Bureau. “L’hébergement n’est pas encore tout à fait au point et l’aéroport ne tourne pas encore à 100%, mais il sera fin prêt en 2020 et les hôtels seront alors assez nombreux pour accueillir encore davantage de touristes.”

Fonds d’investissement

Sergio Perissinotto.

L’argent et les investissements restent les plus grands défis. Les Pays-Bas ont promis quelque 600 millions d’euros pour la reconstruction, mais selon certains seule une fraction de cette somme aurait été versée pour l’instant, car la Banque mondiale exerce un contrôle très étroit et refuse de distribuer ce fonds. Les petits commerces sont les premiers à souffrir de ce manque de liquidités pour se reconstruire. Il y a donc toujours moins de lolos qu’avant l’ouragan, même s’ils reprennent petit à petit leur place dans les rues. Les lolos sont des petits stands de nourriture en plein air, connus pour servir des délicatesses locales.

“Les petits entrepreneurs ont beaucoup de mal à se remettre à flot”, commente Matt Cooper de la Caribbean Hotel & Tourism Association. “Et nous avions une mauvaise perception des choses. Tout le monde pensait que toute la région avait été dévastée alors que certaines îles voisines ont à peine été touchées.” Sergio Perissinotto (Rainbow) a profité du salon pour visiter les îles d’Anguilla et de Saint-Barth: “Tous les hôtels et resorts avec lesquels nous collaborons tournent à 100% de leur capacité. Des cinq étoiles sublimes qui s’intègrent parfaitement à notre offre. Saint-Martin est le point de chute idéal pour découvrir ces îles, grâce à son aéroport international. Nous attendons impatiemment qu’il fonctionne à nouveau au maximum de ses capacités pour pouvoir proposer davantage de liaisons depuis l’Europe.”

Island Hopping

Brecht De Blaere.

Anguilla, avec ses resorts exclusifs, a été très peu touchée et s’est donc remise très vite. “L’île a même brisé des records ces quatre derniers mois”, affirme Colwayne Pickering du Anguilla Tourist Board. “Nous enregistrons aujourd’hui davantage de séjours qu’en 2016, pourtant une année record. Anguilla est synonyme de luxe, de gastronomie et d’aventure, et nous misons beaucoup sur ces thèmes.” Saint-Martin a pour ambition d’être plus forte que jamais d’ici l’année prochaine, alors que l’intérêt pour cette destination ne cesse de croître en Europe. Brecht De Blaere (Travelworld) est lui aussi venu constater la situation sur l’île. “En tant que spécialiste des Caraïbes, nous sommes impatients de découvrir les nouveaux hôtels cinq étoiles que nous pourrons reprendre dans notre offre. Le Secrets St. Martin Resort & Spa devrait rouvrir l’année prochaine, mais rien n’est encore sûr. Saint-Martin a l’avantage d’être facilement accessible. Ce n’est pas notre destination phare, mais nous la proposons comme point de chute pour du island hopping. Nous continuons de croire en Saint-Martin et, d’après ce que je vois, nous avons des raisons de le faire.”

Confiance

“Saint-Martin a un bel avenir devant elle”, estime May Ling Chung. “La reconstruction prend en compte le respect de l’environnement. Nous voyons un beau potentiel dans l’écotourisme, qui existe déjà sans être encore très connu. Nous devons y remédier. D’autre part, le segment haut de gamme gagne en popularité. Nous remarquons davantage d’investissements dans les villas et les hôtels exclusifs. Saint-Martin redevient une destination à part; l’avenir est à nous.”

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