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Reykjavik: pas si excentrique

Reykjavik peut être une excellente escale au milieu de l’Atlantique lors d’un voyage en Amérique, mais constitue aussi une porte d’entrée à tout un chacun souhaitant découvrir des geysers, des glaciers, des cascades et des paysages de lave comme seule l’Islande peut offrir. Toutefois, le potentiel de destination de citytrip de la petite métropole nordique est encore trop souvent sous-estimé.

Atterrir en Islande et se contenter de ne visiter que sa capitale est-elle une idée saugrenue? Oui, pour les personne n’ayant jamais eu la chance de découvrir cette île faite de glace et de feu à mi-chemin entre l’Amérique et l’Europe. La Terre y tremble et y chauffe comme nulle part ailleurs. Tout simplement parce que cette île se trouve sur la fissure marquant la séparation entre la plaque tectonique américaine et son homologue d’Europe continentale. Des plaques se distanciant chaque année de quelques centimètres l’une de l’autre. Ce phénomène géologique donne lieu à de petites merveilles de la nature à découvrir dans le cadre d’une excursion d’un jour au départ de Reykjavik. La Golden Circle Route combine les chutes impressionnantes de Gullfoss, le geyser de Strokkur et ses éruptions aussi régulières qu’un métronome ainsi que le parc national de Thingvellir, où siégeait jadis le parlement médiéval d’Islande. Le ligne de fracture entre les deux continents y est visible: une faille remplie d’eau où les plus téméraires peuvent plonger. Pour les autres, il est toujours possible de se détendre dans les eaux chaudes du célèbre Blue Lagoon.

 

Métropole modeste

Les principales attractions touristiques d’Islande sont uniques et très fréquentées. Elles font certainement de l’ombre à Reykjavik qui n’est pourtant pas une capitale miniature. Il s’agit plutôt d’une métropole modeste qui embrasse les tendances de deux continents et en repousse les limites. Le président américain Ronald Reagan et le dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev l’avaient déjà bien compris en 1986: ils y entérinèrent la Guerre froide à la Höfdi House, une villa en bois blanc ourlant le front de mer à Reykjavik. La promenade et la piste cyclable le long de cette avenue donne sur un fjord impressionnant et se termine sur la sculpture photogénique baptisée Sun Voyager, un navire abstrait en acier près du Centre de concert et congrès futuriste Harpa. C’est là que commence le vieux port d’où partent les bateaux d’observation des baleines. Idéal pour les familles, le centre Whales of Island présente 23 espèces grandeur nature dont une baleine bleue de 25 mètres de long.

La nature s’invite aussi partout dans la ville. L’architecture de l’Harpa fait référence aux morceaux de basalte volcanique omniprésents sur l’île. Ils ornent également la tour bizarre de la célèbre Hallgrimskirkja surplombant la ville et dominant la skyline. Prenez-y l’ascenseur et vous aurez Reykjavik à vos pieds. Vous préférez admirer la ville en voyant son clocher? Une colline en bordure de ville abrite six réservoirs à eau géants. Cinq sont encore en exploitation et le sixième abrite le Perlan – Wonders of Iceland. Cet espace est aménagé en planétarium et propose une immense expo consacrée aux geysers, aux glaciers, à la lave et aux volcans et même un tunnel en glace artificielle. Ce panorama à 360° sur le toit domine toute la région.

L’eau chaude de ces réservoirs provient gratuitement du sous-sol volcanique et chauffe les trottoirs de l’artère principale Laugavegur. Une petite séance de shopping vous y apprendra que l’Islande n’a manqué aucune tendance, du vintage au design en passant par le café passé dans un filtre aux micro-brasseries. Et vous aurez probablement envie de ramener dans votre valise un joli pull en laine d’Islande. La vie nocturne a également implanté ses quartiers dans l’artère principale. De nombreux bars proposent une piste de danse ou des concerts live. Reykjavik organise, toute l’année durant, des festivals de musique où vous pouvez admirer les nouveaux Björk ou Sigur Rós. Certes, ce n’est plus un secret, mais un bon conseil, le Secret Solstice Festival vaut plus que le détour en été.

Vikings et foodies

Les Islandais excellent dans tous les arts. Selon les dires, un Islandais sur dix a déjà publié un livre. Le Reykjavik Art Museum fait l’éloge des artistes islandais les plus renommés. Erró, réputé pour ses grands tableaux et collages haut en couleur, est comme qui dirait le grand-père du street art. La maison du sculpteur Asmundur Sveinsson pourrait servir de décor à un film de science-fiction. Même Yoko Ono a marqué de son empreinte la skyline de Reykjavik. Sa Imagine Peace Tower sur la petite île de Videy projette chaque année des rayons laser dans le ciel les 9 octobre et 8 décembre, pour marquer l’anniversaire et le jour de la mort de son époux John Lennon. Cette petite île est accessible en ferry et se prête à merveille à de paisibles randonnées pédestres ou cyclistes. Les vélos de location sont tendance à Reykjavik, car la ville est relativement plate et a investi dans des pistes cyclables.

Le tour de ville guidé le plus apprécié est incontestablement le Reykjavik Food Walk. Au menu, vous y trouverez notamment du requin fermenté, de la glace accompagnée de pain de seigle, de la soupe de viande et du pylsur, le célèbre hot-dog islandais. Bill Clinton l’a même qualifié de meilleur hot-dog au monde, et tout le monde sait qu’il ne mentait jamais (rires). En Islande, il est possible de dîner à tous les prix, de la new nordic cuisine osée aux fish & chips tendance dans le port.

En dépit de sa modernisation, Reykjavik a conservé son esprit de pionnier. Les vieilles bâtisses en bois sont recouvertes de tôles ondulées en acier. Une couche de peinture amusante dissimule la pauvreté des matériaux. Les premiers Vikings se sont déjà établis en 871 en Islande, comme en témoigne la maison autour de laquelle l’expo multimédia de The Settlement Exhibition est construite. Ils nommèrent leur nouvelle région Reykjavik, littéralement la baie enfumée. A une vingtaine de kilomètres de la ville, cette signification prend tout son sens dans les vapeurs et les champs de soufre de Krysuvik aux couleurs étonnantes. Heidmörk est même accessible en bus urbain. Les formations de lave, les cratères, les lacs et les montagnes: le Central Park de Reykjavik est tout bonnement inqualifiable et exceptionnel, à l’instar de la ville.

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