Analyses

Ponant: à l’avenir, les vacanciers voyageront moins mais mieux

Hervé Bellaïche (Ponant):à l’avenir, les vacanciers voyageront moins mais mieux

Dans le cadre de la reprise des activités de Ponant, Travel Magazine a réalisé une interview exclusive d’Hervé Bellaïche, directeur général adjoint en charge des ventes et du marketing de la compagnie. Il nous a livré sa vision sur le programme estival de la compagnie française de croisières de luxe et d’expédition, de même que sur ses projets pour l’hiver. Pour Hervé Bellaïche, l’industrie des voyages, les pouvoirs publics et les vacanciers doivent faire une distinction entre les petits bateaux (d’expédition), qui proposent une certaine forme de yachting, et les grands bateaux-resorts de croisière.  

Cet été, Ponant a relancé ses croisières en Europe du Nord ainsi que 5 nouveaux itinéraires le long des côtes françaises et corses. Ce programme se distingue nettement des itinéraires de croisière traditionnels de Ponant, notamment en Méditerranée. Hervé Bellaïche: “Les cinq croisières que Ponant propose au départ du Havre, de St. Malo, de Bordeaux, de Marseille et de Nice sont parfaitement alignées avec notre programme d’expéditions, notamment au Pôle Nord, en Arctique et à Kimberley. Nous organisons des débarquements en Zodiac et visitons des endroits moins connus, insolites, pour faire découvrir ces destinations de manière différente. Nous sortons des sentiers battus et proposons des endroits où les autres ne vont pas. Une manière de voyager qui fait partie de l’ADN de Ponant.

Pendant les trois mois de crise, durant lesquels les navires étaient à l’arrêt, nous avons travaillé sur deux aspects. Le premier était bien sûr le protocole sanitaire, et le deuxième était la refonte de l’offre. Deux aspects indissociablement liés l’un à l’autre. Pour y parvenir, nous avons collaboré avec nos commandants, qui sont originaires de ces différentes régions, les autorités locales, les services touristiques et des organisations non-gouvernementales. Nous voulions proposer une forme de tourisme contrôlé, maîtrisé, loin du tourisme de masse et respectueux de l’environnement. Notre clientèle apprécie clairement ce programme, qui obtient d’ailleurs des scores de satisfaction supérieurs à la moyenne.”

Si les croisières en Méditerranée ont le vent en poupe, les premiers départs programmés au Havre ont quelque peu déçu. Sur base des réservations, Ponant a décidé d’annuler ses départs des 18 et 25 juillet, et de permettre aux clients qui avaient réservé d’embarquer à St. Malo. La compagnie reprendra ses croisières au départ du Havre le 1e août. Hervé Bellaïche: “Traditionnellement, nous commercialisons nos croisières 18 mois à l’avance. Pour les raisons qu’on connaît, nous n’avons pas eu suffisamment de temps pour promouvoir notre programme estival. Et le lancement de cinq nouvelles routes inédites relevait du pari. Il va de soi que certains itinéraires de navigation ont beaucoup plus de succès que d’autres. Mais l’annonce de nos croisières d’été a suscité un grand engouement, que ce soit en France, en Belgique ou en Suisse. Les agences de voyages étaient demandeuses de produits en Europe, sous-tendus par un protocole sanitaire très strict, qui rassure les clients.”

Cette décision de lancer des croisières-expéditions est une nouveauté pour la France. Ces routes, qui seront affinées aux cours de ces prochaines années, feront sans doute partie intégrante des programmes estivaux de la compagnie. Hervé Bellaïche: “La conjoncture a été notre point de départ. Nous avons dû faire preuve d’agilité pour pouvoir naviguer cet été. Nous constatons à présent que ce concept suscite de l’engouement et que nos clients se disent ravis de leur expérience. Il est donc très probable que ces croisières se poursuivent en 2021 et les années suivantes. En fait, nous sommes parvenus à transformer une contrainte en opportunité.”

Bulle anti-Covid

La bulle anti-Covid que la compagnie a développé repose sur trois piliers: un protocole sanitaire strict pour pouvoir accéder au bateau, des mesures sanitaires renforcées à bord, de même qu’un système de traçage et de dépistage journalier de l’équipage. Ponant est ainsi allé plus loin que les règles imposées par les autorités. “Nos clients sont tenus de présenter un test PCR négatif lors de l’embarquement pour éviter l’introduction du coronavirus sur les navires. À bord, nous voulons aussi éviter que le virus puisse circuler en cas de contamination. Si malgré tout quelqu’un montrait des symptômes suspects, nous disposons d’un protocole très strict pour détecter rapidement cette personne, la tester dans notre hôpital et la débarquer le cas échéant. Ce plan anti-Covid n’est d’ailleurs pas le seul domaine dans lequel nous allons plus loin que les prescriptions des autorités. Dans le domaine environnemental, nos navires sont par exemple équipés de moteurs extrêmement économes, et nous utilisons un carburant dix fois plus vert que la norme minimale.”

Avant d’embarquer, les passagers qui naviguent avec Ponant doivent présenter un test négatif au Covid, réalisé 72 heures maximum avant leur départ. Hervé Bellaïche assure toutefois que la soumission à ce test ne doit pas constituer un obstacle à la navigation. Dans des cas extrêmes, ce test peut être effectué avant l’embarquement. Les hôpitaux embarqués des navires sont effectivement équipés du matériel nécessaire à la réalisation d’un test PCR en 20 minutes. Leur capacité de test n’est toutefois pas suffisante pour que ce testing soit généralisé à l’ensemble des passagers.

Hiver incertain

À partir des mois d’octobre et novembre, Ponant espère pouvoir reprendre la programmation qu’elle avait annoncée. “A l’heure actuelle, il est encore difficile d’organiser des croisières en Europe. Nous devons donc proposer des destinations plus lointaines. Le cas échéant, nous devrons nous adapter comme nous l’avons fait cet été. Nous sommes en pourparlers avec différentes autorités pour voir si nous pourrons de nouveau proposer l’Antarctique cet hiver. Dans ce cadre, nous nous basons sur nos mesures sanitaires strictes ainsi que sur une capacité de 150 à 200 personnes par bateau. Pour les autorités, c’est rassurant. On pourrait nous comparer à un hôtel de 50 ou 60 chambres. La réputation que nous nous sommes forgée devrait aussi convaincre les autorités à nous autoriser à naviguer cet hiver.”

Ponant n’est pas le seul opérateur de croisières à vouloir les convaincre. D’autres croisiéristes tentent eux aussi d’obtenir des autorisations pour naviguer en Antarctique, mais aussi aux Seychelles, par exemple. L’archipel de l’Océan indien a fermé ses frontières à tous les bateaux de croisière jusqu’à la fin de l’année 2021. “Comme l’Antarctique, les Seychelles sont une destination qu’on adore. Nous essayons de convaincre les pouvoirs publics seychellois, mais aussi la population, que nous prenons les choses très au sérieux. Selon moi, l’interdiction actuelle des croisières est surtout fondée sur la taille des bateaux. Tous sont logés à la même enseigne alors que 97 pour-cent des paquebots de croisière ont des capacités supérieures à 1.000 passagers. Or, avec nos navires d’une capacité de 200 passagers, nous sommes beaucoup plus proches du yachting. Cette situation est comparable à celle de la France, où les bateaux de croisière sont interdits par un décret qui fait toutefois une exception pour les bateaux de moins de 250 passagers. Il faut espérer que les Seychelles et d’autres pays instaureront un seuil de ce type.”

Hervé Bellaïche conclut notre entretien en faisant remarquer que la pandémie du coronavirus entraînera un indubitable changement de comportement chez les vacanciers. “Indépendamment des croisières, il n’est pas exclu que les gens voyagent moins mais mieux. Ils prendront plus de temps pour réfléchir à leurs vacances. Après la crise du coronavirus, l’aspect écologique du tourisme devrait revenir lui aussi à l’avant-plan. La crise actuelle va probablement modifier les modes de vacances et inciter les gens à opter pour des navires de petites capacités. Nous sommes plus agiles pour nous adapter à des situations inattendues et modifier nos itinéraires. À St. Malo, une grève des dockers a par exemple éclaté le 11 juillet, le jour de l’embarquement. Nous nous sommes alors redirigés sur Dinard, où nos passagers ont embarqué par chaloupes. Une opportunité que n’ont pas les grands paquebots, qui nécessitent de grands embarcadères…”

Patrick Parez, Senior Cruise Editor

Photos © Studio PONANT – François Lefebvre – Tamar Sarkissi – Nathalie Michel

 

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