Analyses

Optimisme de mise au Seatrade Cruise Global

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Le Seatrade Cruise Global s’est tenu la semaine dernière à Fort Lauderdale. L’optimisme était de mise lors de ce salon annuel: un record de 27,2 millions de passagers en 2017, 25 nouveaux navires de croisières (fluviales ou non) cette année, une demande croissante pour des vacances en croisière et des bénéfices en hausse pour les armateurs. Bien que l’Amérique du Nord reste le plus important marché émetteur, le secteur des croisières connaît une forte croissance en Europe et en Asie. Si la tendance actuelle se maintient, il ne sera pas exclu que, dans quelques années, plus de voyageurs partiront en croisière en Europe qu’en Amérique du Nord et aux Caraïbes. D’autre part, le secteur réalise que de plus en plus de ‘millennials’ et de familles avec de jeunes enfants se tournent vers les croisières. Cette donnée est une base sérieuse pour la suite de l’expansion de cette façon de voyager.

“Un rêve devenu réalité”

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Cindy D’Aoust, présidente et ceo de la Cruise Lines International Association (CLIA Global): “L’industrie croisiériste moderne est aussi jeune que l’ordinateur, et son ambition est aussi brûlante que celle d’Apple. En quarante ans, notre rêve est devenu réalité. Les membres de la CLIA rassemblent aujourd’hui d’une flotte de 449 navires et ont accueilli l’an dernier 27,2 millions de passagers. Nous employons un million de personnes de par le monde et représentons un chiffre d’affaires de 126 milliards de dollars.” Avec plus de 100 navires en commande ou en construction, le secteur s’assure une belle expansion ces prochaines années. Sur la base de ces commandes, le chiffre de 35 millions de passagers devrait être atteint d’ici 2025. Autre élément à prendre en compte, l’agrandissement continu des navires de croisières qui fera en sorte que la moitié d’entre eux pourra accueillir plus de 3.000 passagers d’ici 2020.

Les croisières deviennent mainstream

Lors du ‘State of the Global Cruise Industry’, Richard Fain (ceo de Royal Caribbean Cruises), Pierfrancesco Vago (executive chairman de MSC Croisières), Frank Del Rio (ceo de Norwegian Cruise Line Holding) et Arnold Donald (ceo de Carnival Corporation) étaient clairement sur la même longueur d’onde.

Arnold Donald: “Le secteur des croisières n’est plus un acteur de niche. Nous sommes devenus mainstream. Notre message commence à s’imposer sur la scène internationale. C’est pour ça que le secteur se porte si bien.”

Richard Fain: “En outre, le secteur ne se repose pas sur ses lauriers. Il continue d’innover et de saisir de nouvelles opportunités.”

Frank Del Rio: “Je suis très optimiste quant à la croissance à long terme de notre secteur. Les seuls sujets qui m’empêchent de dormir sont ceux sur lesquels je n’ai aucune emprise, comme la situation géopolitique qui influence notre développement.”

Les croisières et le surtourisme

Les seuls nuages noirs dans le ciel bleu des croisières sont la saturation des grandes destinations touristiques. Cet argument est trop souvent utilisé pour jeter la pierre au secteur des croisières. Pierfrancesco Vago: “Seul un million des 30 millions de personnes qui visitent Venise chaque année sont des passagers croisiéristes. Pourtant, c’est nous qu’on accuse, à tort, d’être responsables du surtourisme.” A ce propos, Richard Fain a plaidé en faveur d’une concertation entre toutes les parties concernées et d’une meilleure répartition des arrivées. Précisément ce qu’il s’est passé à Dubrovnik. Arnold Donald: “Nous avons eu une conversation constructive avec le bourgmestre qui nous a amenés à mieux faire coïncider nos schémas de navigation en vue d’éviter que le vieux centre-ville de Dubrovnik ne soit plus classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO. Les croisières ne sont pas à l’origine du problème, mais elles sont concernées. Nous avons tout intérêt à prêter une oreille attentive aux acteurs locaux et à chercher des solutions ensemble.”

Expérience client

Une meilleure répartition contribuera également à la satisfaction des passagers. L’expérience client, tant à bord des navires que dans les ports de transit, était d’ailleurs un des thèmes centraux du congrès. Le passager croisiériste moderne veut être actif, partir à la découverte de nouvelles expériences. Avec l’avènement d’Internet et des réseaux sociaux, les voyageurs veulent de plus en plus tout faire eux-mêmes et préparer leur programme terrestre. Comment les armateurs et les tour-opérateurs locaux peuvent-ils offrir une valeur ajoutée dans ce contexte? La réponse se trouve dans la segmentation et la personnalisation: une vaste offre d’activités qui peuvent être moins facilement réservées par soi-même, de plus petits groupes et des guides locaux qui s’éloignent des sentiers battus. La clé du succès sera toujours le contact direct avec la population locale.

113 pays représentés

Le Seatrade Cruise Global est le salon croisiériste le plus important au monde. 11.000 participants et 700 exposants de 113 pays y ont présenté leurs produits et services. Tout aussi importantes que le salon, les conférences, réparties en 30 sessions, se sont déroulées sur quatre jours. Elles ont abordé des thèmes tels que les possibilités de croissance et les défis dans les différentes zones de navigation, l’expérience client, les possibilités d’attirer des voyageurs ‘terrestres’ vers les croisières et les situations géopolitiques qui ont un impact clair sur le succès d’une destination. Pensons par exemple aux problèmes en Méditerranée orientale, mais aussi aux tensions autour de la Corée du Nord, du referendum catalan et l’interdiction de voyage du président Trump qui ont laissé des traces.

Zeebrugge: le terminal ouvrira en juin

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Le port de Zeebrugge a profité de sa présence au Seatrade Cruise Global pour promouvoir son nouveau terminal de croisières. Cette infrastructure ouvrira officiellement le 15 juin prochain. Grâce à ce terminal, Zeebrugge entend renforcer sa position en tant que port de croisières, et ce, pas seulement en tant que port de transit, mais aussi en tant que port d’embarquement pour des petits et moyens navires. Brussels Airport a déjà annoncé vouloir collaborer avec Zeebrugge pour promouvoir notre pays auprès des touristes croisiéristes. Leur plan ambitieux permettrait entre autres aux passagers de pouvoir enregistrer leur bagage tant à l’aéroport qu’au terminal de croisières. Ils utilisent comme argument de vente les vols directs entre Brussels Airport et des destinations nord-américaines telles que New York, Washington, Atlanta, Chicago, Montréal et Toronto, mais aussi les liaisons directes vers la Chine (Shanghai, Beijing, Shenzhen et Hong Kong).

De retour à Miami

La semaine dernière, Fort Lauderdale a joué une dernière fois son rôle d’hôte du Seatrade Cruise Global. Des travaux de construction au Miami Convention Center ont contraint le salon croisiériste à se dérouler pendant trois ans à Fort Lauderdale. L’année prochaine, l’événement reprendra la route de Miami du 7 au 10 avril 2019. Ainsi, les organisateurs évitent que le Seatrade Global ne tombe en même temps que l’ITB Berlin, mais également en même temps que les festivités autour du spring break. Ces fêtes rassemblant beaucoup de jeunes dans les stations balnéaires de Floride ont un impact certain sur le trafic. Les participants au salon avaient parfois besoin de plus d’une heure pour se rendre du Fort Lauderdale Convention Center à leurs hôtels respectifs. Cela a mené à pas mal d’irritation du côté des délégués, voire même à des mécontentements de nombreux participants qui ont raté plusieurs rendez-vous.

Patrick Parez, Senior Cruise Editor

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