Aviation, Newsflash

Lufthansa/Eurowings prend le pouvoir chez Brussels Airlines

Officiellement, on parle d’une différence de vision quant à l’avenir de la compagnie aérienne, mais dans les couloirs de la B.House de Brussels Airlines, on entend plutôt qu’un comportement de petit chef aurait poussé l’actionnaire principal, à savoir Lufthansa, à vouloir appliquer l’intégration de manière rapide et dynamique.

Ce lundi déjà, à Francfort, le conseil d’administration de SN AirHolding (à 100% propriété de Lufthansa) tranchera à 13h. Seuls deux points sont à l’ordre du jour: l’avenir de Brussels Airlines et un changement à la tête de l’entreprise.

Il aurait déjà été demandé cette semaine au ceo Bernard Gustin et au directeur financier Jan De Raeymaeker de démissionner, ce qu’ils ont refusé.

Changement au sommet

Lufthansa, et en particulier son ceo Carsten Spohr ainsi que Thorsten Dirks, ceo de la filiale Eurowings, veulent aller de l’avant avec Christina Forster, l’actuelle directrice commerciale de Brussels Airlines.

Cette Allemande a quitté Lufthansa en 2016 pour rejoindre Brussels Airlines. Christina Forster (46 ans) occupait auparavant le poste de senior vide president Network & Partner Management Hub Airlines, et ce, en tant que responsable pour la stratégie à long terme de Lufthansa. Tout aussi important: Christina Forster a depuis peu un siège au conseil d’administration de… Eurowings.

Cela faisait déjà quelque temps que les relations entre la direction belge de Brussels Airlines et son propriétaire Lufthansa n’étaient pas au beau fixe, ce qui a entraîné des tensions, surtout quand il s’agit de l’avenir de Brussels Airlines. Lufthansa n’a jamais caché qu’elle souhaitait intégrer la compagnie belge au sein d’Eurowings, dont les Allemands souhaitent faire une grande compagnie low cost européenne, tant pour le court que le moyen et le long-courrier.

Pas de place pour le modèle actuel

Soutenu par une majorité de la direction belge, Bernard Gustin souhaite conserver le modèle actuel de Brussels Airlines: une compagnie aérienne dotée d’une identité belge qui sert toutes sortes de clients, du backpacker au voyageur d’affaires. Il s’agit d’un modèle hybride, car Brussels Airlines dispose depuis longtemps d’une grande part de marché sur les destinations africaines et, depuis quelques années, se porte de mieux en mieux sur le marché européen où elle concurrence depuis sa base de Brussels Airport les grandes compagnies low cost que sont Ryanair, Vueling et easyJet.

Carsten Spohr et Thorsten Dirks ne voient pas la situation du même œil. Ils penchent en faveur d’une intégration complète au sein d’Eurowings et se sentent soutenus par la reprise jusqu’alors réussie de grandes parts d’airberlin.

Lufthansa a acheté les plus importantes parties d’airberlin pour 1,5 milliard d’euros. Au total, il est question de 81 appareils et 3.000 travailleurs. Pour Brussels Airlines, les Allemands n’ont mis que 67,6 millions d’euros sur la table pour 47 appareils et 3.300 travailleurs.

Un premier pas déjà fait

Maintenant que la reprise d’airberlin est terminée, Lufthansa peut se concentrer complètement sur l’intégration de Brussels Airlines à Eurowings. Les premières étapes sont déjà complétées.

A parti du mois d’avril/mai, deux Airbus 340 de Brussels Airlines et un A330 voleront pour le compte d’Eurowings entre Düsseldorf et New York, Miami et Port Myers, destinations suivies par Cancún et la République dominicaine.

Brussels Airlines fournira l’équipage et gérera l’entretien, mais la commercialisation des vols se passera chez Eurowings. Et les appareils basés à Düsseldorf porteront les couleurs d’Eurowings.

Si tout dépend de Spohr et Dirks, l’intégration devrait suivre bientôt. Ils veulent accélérer le processus maintenant que de plus en plus de compagnies aériennes (entre autres, Norwegian, Joon, WOW air et Level) se lancent sur les marchés long-courriers lucratifs.

Un tournant important

Brussels Airlines se trouvera lundi au tournant le plus important de ses 15 ans d’existence. Son business model risque d’être perdu et l’avenir menace de s’obscurcir pour une partie du personnel au sol.

Lufthansa impose sa volonté, ce qui ne restera probablement pas sans conséquence pour Brussels Airport. Brussels Airlines était jusqu’à présent une compagnie de réseau. En tant que membre de Star Alliance, elle transporte aussi des milliers de clients de compagnies partenaires, depuis Zaventem ou non, vers d’autres destinations européennes.

Il est encore difficile d’estimer l’ampleur des conséquences négatives d’un changement de cap pour Brussels Airlines, mais nombreux sont ceux qui retiennent leur souffle.

Un scénario catastrophe menace si Lufthansa décide de déplacer les vols africains de Brussels Airlines vers l’aéroport de Düsseldorf, à seulement 200 kilomètres de Zaventem et depuis peu un solide hub d’Eurowings.

Fi des promesses

Un tel scénario se poserait en fort contraste des promesses faites par Carsten Spohr il y a un peu plus d’un an. Bruxelles doit devenir ‘une nouvelle maison’ pour Lufthansa, avec un rôle crucial pour l’Afrique subsaharienne, avait-on entendu mi-décembre 2016 lors de l’annonce de la reprise intégrale.

“Nous croyons en le marché belge et en Brussels Airlines et son personnel”, avait encore ajouté Carsten Spohr.

Luk De Wilde, senior aviation editor TM Aviation Newsletter

Comments