Analyses

Les conséquences du coronavirus sur les compagnies aériennes et le tourisme

“Les mesures ne doivent pas causer plus d’embarras que le virus”

Des dizaines de compagnies aériennes dans le monde entier craignent que les effets du coronavirus ne pèsent lourdement sur leurs résultats financiers. L’industrie du tourisme commence également à s’inquiéter à l’approche du printemps, une période où des milliers de touristes chinois viennent normalement visiter l’Occident.

Par Luk De Wilde, Senior Aviation Reporter

Le nombre de contaminations du Covid-19 en Chine a maintenant dépassé l’ampleur de l’épidémie de SRAS en 2002-2003. Cela fait environ neuf semaines que le virus s’est déclaré et le nombre de morts a malheureusement dépassé les 2.000 victimes. L’épidémie se propage encore et a déjà atteint quelque 75.700 personnes. Le SRAS avait coûté la vie à 774 personnes et a eu un impact non négligeable sur l’économie. La croissance était retombée de 10 à 3,5%, mais l’économie s’est rapidement reprise. Suite à cette croissance effrénée, le nombre de vols en avion a augmenté de façon exponentielle en 18 ans. De nombreux aéroports sont sortis de terre, tandis que les compagnies aériennes ont sensiblement étendu leurs flottes. Suite à l’apparition du coronavirus, le nombre de vols vers la Chine et Hong Kong a grandement été revu à la baisse au cours des dernières semaines. Les compagnies européennes, américaines, canadiennes et australiennes ont ainsi supprimé les destinations chinoises de leur réseau jusqu’en mars/avril. En raison de la demande en chute libre, des compagnies chinoises et de Hong Kong ont également supprimé des centaines de vols. Parmi elles, on retrouve notamment China Southern Airlines, Hainan Airlines, Cathay Pacific, China Eastern Airlines et Air China. Hongkong Airlines et Cathay Pacific étaient par ailleurs en train de se remettre des troubles politiques qui ont frappé Hong Kong l’an dernier.

Fin janvier, KLM annonçait mettre ses vols vers Chengdu, Hangzhou et Xiamen en suspens de fin janvier à fin février, tout en réduisant ses fréquences à destination de Shanghai et Beijing. Il y a 15 jours, la compagnie néerlandaise supprimait tous ses vols vers la Chine jusqu’en mars.

Entre temps, d’autres compagnies européennes ont également décidé de ne plus desservir la Chine continentale pour le moment. Finnair a ainsi suspendu ses vols vers Beijing Daxing, Nanjing, Beijing Capital, Shanghai et Guangzhou. La compagnie continue toutefois de desservir Hong Kong, à l’instar de nombreuses autres compagnies aériennes. Air France, SWISS, Lufthansa, Austrian, British Airways, Iberia et SAS ont fait de même. Les vols de LH, LX et OS à destination de Beijing et Shanghai sont encore suspendus jusqu’au 28 février. Les routes vers Nanjing, Shenyang et Qingdao ne seront plus opérées jusqu’au 28 mars.

Les conséquences de l’épidémie de Covid-19 se feront assurément ressentir dans les statistiques de passagers, mais également dans les résultats financiers.

“Pour 2020, KLM devra affronter les conséquences du coronavirus. Nous devrons nous montrer flexibles dans notre réseau et notre flotte, poursuivre dans la lignée de notre stratégie et continuer d’améliorer notre produit à bord pour nos clients”, expliquait le patron de KLM, Pieter Elbers.

Maintenant que KLM ne vole plus à destination de la Chine depuis des semaines, une partie du personnel est en congé ou suit des formations. Les appareils qui devaient voler sur ces lignes peuvent passer plus tôt à l’entretien ou peuvent remplacer d’autres appareils sur d’autres destinations. La grande question reste de savoir jusque quand le ciel chinois restera déserté. La réponse dépend fortement du temps qu’il faudra à la Chine pour arriver à contrôler la propagation du virus et réduire le taux de contagion. Le New York Times annonce que les touristes chinois dépensent chaque année 258 milliards de dollars pour leurs voyages à l’étranger. Cela représente un sérieux manque à gagner pour de nombreux acteurs du tourisme. En Europe, la Chine représente des dizaines de milliers de touristes, il est donc difficile d’évaluer l’impact qu’aura cette épidémie sur les résultats du secteur si ceux-ci ne voyagent pas en 2020.

“Les dégâts causés par les mesures ne doivent pas dépasser ceux causés par le virus lui-même. Les conséquences seront peut-être plus graves, ou moins faciles à résorber”, expliquait la professeur en Epidémiologie Annemie Vandamme (KU Leuven) lors d’une réunion de l’OMS à Genève.

Quoi qu’il en soit, il est capital qu’une solution efficace soit rapidement trouvée pour faire face à cette épidémie.

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