Analyses

Légère hausse du nombre de croisiéristes au premier semestre 2019

Le nombre de croisiéristes belges et luxembourgeois a augmenté de 1,7% à 31.600 passagers au premier semestre 2019. Un nombre moins élevé qu’espéré. Au premier trimestre, la Cruise Lines International Association (CLIA) avait encore enregistré une croissance de 10,9%, principalement due aux croisières dans le golfe Persique et dans les Caraïbes. Malgré tous les efforts consentis tant par la CLIA que par les armateurs, notre région n’a pas réussi à maintenir cette croissance au deuxième trimestre. Ces chiffres sont notables, car la croissance mondiale sur la même période est ressortie à 5,3%. En Europe, le nombre de croisiéristes a même grimpé de 9,1% entre janvier et juin 2019!

Par Patrick Parez, Senior Cruise Editor

Nikos Mertzanidis (Manager European Government Affairs CLIA Europe), Patrick Pourbaix (Chairman CLIA Belgium) et Paul Nuyens (CLIA Membership Manager France, Belgium & The Netherlands).

Le Belux ne représente avec ces chiffres que 1% des parts de marché en Europe. Les Pays-Bas, qui se situaient au même niveau pendant quelques années, ont réussi à passer la barre des 2%. Le secteur a donc bel et bien connu une croissance chez nos voisins du Nord. Ce qui n’est pas sans lien avec le fait que de nombreuses croisières partent des Pays-Bas. Holland America Line, entre autres, programme une trentaine de départs depuis Amsterdam et Rotterdam. L’Allemagne et la Grande-Bretagne restent les leaders du marché avec des parts respectives de 31% et 27%.

En analysant plus en détail les chiffres du Belux, il ressort que la Méditerranée occidentale a perdu du terrain au premier semestre (-27%), tandis que la Méditerranée orientale a enregistré une hausse du nombre de passagers de pas moins de 48%. Bon nombre d’armateurs avaient retiré la Méditerranée orientale de leurs schémas de navigation ces dernières années pour des raisons géopolitiques. L’année dernière et cette année, les armateurs ont fait leur grand retour en Turquie et en mer Noire, entre autres, ce qui a plu aux passagers.

Au premier semestre 2019, un passager sur cinq a pris la direction des Caraïbes et des Bahamas (+6%) tandis que le Moyen-Orient et l’Afrique ont enregistré une hausse plus légère (+1%). La durée moyenne des croisières s’est chiffrée à 8,7 jours, alors que la plupart des vacanciers (66% ou 21.000) a opté pour une croisière d’une semaine (sept jours) au premier semestre. Dans nos contrées, l’âge moyen des croisiéristes est de 56 ans, soit un an de plus que la moyenne de l’année dernière. Ce chiffre n’est cependant qu’une indication temporaire, car les familles avec enfants partent plutôt en croisière pendant les vacances d’été. L’âge moyen pour le troisième trimestre et l’année complète se situera donc certainement plus bas.

Informations négatives

D’après Patrick Pourbaix (Chairman CLIA Belgium & Luxembourg), nombreux sont ceux à avoir tourné le dos au secteur des croisières après les nombreuses informations négatives parues au cours du premier semestre et dépeignant l’industrie comme une calamité pour l’environnement. “J’ai été choqué de lire toutes ces informations négatives qui ne se basent sur aucune source scientifique. Tous les armateurs déploient des efforts considérables en matière d’environnement, mais ça, on n’en parle pas. A l’avenir, nous devons être plus proactifs dans notre communication, car l’industrie croisiériste travaille vraiment sur les thèmes de l’environnement et de la durabilité. Elle fait même plus que d’autres secteurs touristiques et que le consommateur moyen.”

Paul Nuyens (Membership Manager France, Belgium & The Netherlands) a pleine confiance que les croisières perceront également chez nous à terme. Dans tous les cas, le secteur continue de croître. “L’année dernière, 28,5 millions (+6,7%) de vacanciers du monde entier sont partis en croisière. Le secteur s’attend à clôturer l’année 2019 sur un chiffre de 30 millions de passagers. D’ici la fin de cette année, 29 navires fluviaux et maritimes auront rejoint la flotte mondiale et 30 autres sont au programme pour 2020. D’autre part, le secteur s’est donné pour objectif de réduire de 40% ses émissions de CO2 d’ici 2030. Et ce, en intervenant sur les navires existants et en lançant de nouveaux navires plus respectueux de l’environnement.”

Environnement

Nikos Mertzanidis (Manager European Government Affairs CLIA Europe) est entré encore plus en détail sur les efforts consentis. “Jusqu’à présent, le secteur a déjà investi 20 milliards d’euros dans de nouvelles technologies pour limiter ses émissions. En 2018, l’AIDAnova a été le premier navire au gaz naturel liquéfié à être lancé. D’ici 2026, 26 autres navires au GNL devraient prendre la mer, soit 23% des commandes placées à l’heure actuelle. D’autre part, des projets pilotes sont en cours pour des navires électriques, et 30,1% de la flotte actuelle est équipée pour se connecter au réseau terrestre à quai. Des travaux préparatoires sont en cours à bord de 38,7%. Dans un avenir proche, 17,7% des navires seront équipés a posteriori pour la shore side electricity. Les armateurs prennent les devants en la matière, tandis que les ports attendent de voir ce qu’il se passe. A l’heure actuelle, les navires en Europe peuvent uniquement se connecter au courant terrestre dans les ports de Hambourg et Kristiansand.”

Les armateurs apportent également leur pierre à l’édifice dans d’autres domaines. “68% de la flotte existante et 88% des nouveaux projets de construction disposent de systèmes de traitement des déchets et des eaux usées. 68,1% des navires actuels et 42% des futurs navires sont équipés de laveurs de gaz. Ces exhaust gas cleaning systems (EGCS) suppriment 98% du souffre et plus de 50% des particules fines des gaz d’échappement.” Nikos Mertzanidis voit également une évolution en matière de carburant. Près de 70% de la flotte peut passer du diesel lourd (très polluant) à des carburants alternatifs. Les navires installent d’ailleurs des systèmes pour diminuer leur utilisation de carburant et donc leurs émissions. Cela va de peintures spéciales sur la coque qui diminuent les frottements à des systèmes d’air conditionné intelligents qui s’arrêtent quand les fenêtres sont ouvertes et des films sur les fenêtres qui filtrent la lumière du soleil pour préserver l’état de l’intérieur plus longtemps.

Le secteur s’engage également pour un tourisme durable. Nikos Mertzanidis trouve d’ailleurs cela injuste que les armateurs soient pointés du doigt pour la saturation des grandes villes touristiques. “Chaque année, 1,4 milliard de personnes partent en vacances dans le monde. Les croisières ne représentent que 2% du tourisme mondial. Un chiffre qui oscille entre 5 et 10% dans les destinations prisées. Nous travaillons en étroite collaboration avec ces destinations, car un dialogue constructif et transparent est la seule manière de trouver une solution. Nous avons par exemple conclu des accords avec Dubrovnik et sommes en discussion avec Santorin et Palma de Majorque pour mieux réguler les flux touristiques. Nous souhaitons également collaborer de manière constructive avec Amsterdam et Bruges. Les croisiéristes sont beaucoup plus faciles à rediriger dans les villes que les autres vacanciers. Les arrivées des navires sont en effet connues deux ans à l’avance.”

Comments