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Le ‘Nouvel Ailleurs’

Le ‘Nouvel Ailleurs’, 24 juillet

Les mesures Covid brident les opportunités de tourisme brassicole

Depuis de nombreuses années, la Belgique jouit à travers le monde d’une réputation de destination phare pour le tourisme brassicole. Les étrangers viennent chez nous pour déguster une vieille gueuze, une saison, une bière rouge-brun acidulée rafraîchissante ou une trappiste. Maintenant qu’ils sont tenus à l’écart par les mesures liées au covid, les responsables politiques prônent les visites de brasseries en tant que formes idéales de tourisme domestique ‘en bulles’ dans ce ‘nouveau monde différent’. Cependant, en raison des nombreuses mesures de prévention, les possibilités de visiter les brasseries sont limitées. Fermetures fréquentes, visites réduites et groupes restreints…

Quelque 370 brasseries et plus de 260 entreprises brassicoles qui font brasser leur bière par des tiers représentent plusieurs milliers de bières réparties en plusieurs dizaines de styles différents. Celles-ci forment la base d’une culture de la bière belge solidement établie qui a été reconnue par l’UNESCO comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité fin 2016, à l’instar, par exemple, de la gastronomie française ou de la diète méditerranéenne.

Diverses études ont montré que 85% des touristes recommanderaient la Flandre comme destination touristique pour ses savoureux produits du terroir. Notre culture du bien manger et du bien boire ainsi que des bonnes tables obtient ainsi des scores plus élevés que les villes d’art (80%), que l’offre artistique et culturelle (63%) et que notre histoire (51%). Le tourisme brassicole est devenu une valeur sûre auprès des milliers d’étrangers qui viennent en Belgique pour visiter des musées de la bière et des brasseries, pour déguster des bières uniques dans des salles de dégustation et aux terrasses ainsi que pour savourez notre gastronomie traditionnelle et raffinée à la bière.

De la promotion pour des portes closes?

Avec la pandémie de coronavirus et l’absence massive de touristes étrangers, le ministre flamand du Tourisme, Zuhal Demir, a appelé début mai à miser davantage sur le tourisme dans notre propre pays. “Nous pouvons redécouvrir notre propre Flandre. La Flandre possède de nombreux atouts: la côte, l’art, les brasseries”, a-t-il déclaré. La brochure ‘Eté 2020’ de Toerisme Vlaanderen appelait à ‘affiner sa passion de la bière, à se plonger dans la culture de la bière et à visiter l’une des nombreuses brasseries’.

De nobles suggestions, assurément, pour soutenir un secteur des brasseries lui aussi fortement impacté. Travel Magazine a interrogé une soixantaine de grandes, moyennes et petites brasseries pour connaître leurs possibilités et initiatives en matière de visites ‘corona safe’. Les directives covid strictes pour l’industrie alimentaire limitent considérablement les possibilités de visite. Afin de préserver la santé de leurs collaborateurs et garantir la sécurité alimentaire, les personnes extérieures sont le plus possible repoussées. Les petites et moyennes brasseries limitent le nombre de visites à de petits groupes. Les brasseries dotées d’une infrastructure horeca intégrée ainsi que les petites brasseries (auberges) déplacent l’intérêt vers leur propre café, brasserie et terrasse et limitent les visites guidées et les dégustations.

Les brasseries qui ont rouvert ces dernières semaines enregistrent parfois très peu de visiteurs. D’autres ont été contraintes d’annuler des visites de groupe et constatent que les nouvelles demandes concernent seulement l’automne ou 2021.

Geert Van Lierde

 


 

LA ‘NOUVELLE’ ÉCOSSE

“There is no such thing as a border…”! Really?

En 1320, plusieurs membres de la noblesse et du clergé écossais ont envoyé une missive au pape Jean XXII pour lui demander de désigner Robert The Bruce comme Roi d’Ecosse, en lieu et place d’Edouard d’Angleterre. La ‘Déclaration d’Arbroath’ contenait une phrase légendaire, que l’on retrouve encore encadrée sur les murs de certains salles de séjour: ‘… car tant que cent de nous resteront en vie, jamais sous aucunes conditions nous nous soumettrons au joug anglais!’

Nos chers voisins

700 ans plus tard exactement, au début du mois de juillet, le Premier ministre britannique Boris Johnson déclarait à la télévision: ‘There is not such thing as a border between England and Scotland’.

Un point de vue en évidente contradiction avec celui de la Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon. Tous deux portent un regard différent sur la voie à suivre pour sortir de la crise du coronavirus, et Sturgeon est une ‘sacrée dame’, qui a des idées bien à elles. Sur une île (où le Pays de Galles fait figure de troisième partenaire impliqué), ces divergences ne facilitent pas les choses.

Début juillet, l’Angleterre est passée à la phase 3 de sa stratégie de sortie de crise. D’un coup d’un seul, les pubs anglais ont pu rouvrir leurs portes, entraînant dès le premier jour l’engloutissement de 8 millions de litres de bière. De leur côté, les pubs écossais sont restés portes closes, Sturgeon et ses collègues du Pays de Galles et d’Irlande du Nord ayant décidé de rester en phase 2.

Sturgeon craignait que la décision des Anglais n’amène les Ecossais à passer massivement la frontière, où la limite des cinq miles a aussi été levée. Elle craignait aussi que cette décision n’entraîne une nouvelle importation du virus depuis l’Angleterre, qui a par ailleurs rouvert ses frontières à certains ressortissants étrangers. Elle a même menacé d’instaurer une ‘quarantaine écossaise’.

Il faut avouer qu’elle avait toutes les raisons de le faire: en Ecosse, le nombre de personnes infectées par 100.000 habitants était 6 fois inférieur au nombre recensé en Angleterre. Et pendant plusieurs jours d’affilée, on n’y avait pas recensé le moindre décès dû au Covid19.

À Berwick, à la frontière écossaise, un groupuscule de nationalistes armés de panneaux et de slogans ont transmis ce message aux Anglais: ‘stay the f**k out’! Une action immédiatement fustigée par Nicola Sturgeon, bien entendu. Le long de la légendaire North Coast 500, certains petits villages accueillent l’arrivée des touristes avec des sentiments mitigés. La crainte du Covid-19 y est clairement présente. Le quotidien ‘The Scotsman’ s’est même demandé si les Ecossais étaient vraiment devenus racistes.

Or, tout le monde sait pertinemment bien qu’ils ne peuvent pas y échapper.

En Ecosse, 80% des nuitées sont en effet réservées par des Britanniques (dont la moitié par des Ecossais). Et tout le monde se rend bien compte de l’importance du tourisme dans l’économie écossaise.

On comprend que dans les Highlands et les Lowlands, on se montre gentil vis-à-vis de ses compagnons insulaires méridionaux. Le salut passe par eux aussi.

Et les autres ‘20%’?

Les 20% restants sont tout aussi importants, car ils représentent la moitié des rentrées touristiqes. Ils se composent essentiellement d’Américains, de Français, d’Espagnols, de Néerlandais, d’Australiens, de Scandinaves,… (Pour l’anecdote, les statistiques écossaises ont subdivisés les Belges, les Flamands étant repris avec les Néerlandais). Le Covid-19 y étant encore très virulent, la liste des pays ‘ouverts’ publiée pour la première fois le 10 juillet ne reprenait pas le pays le plus important pour eux: les Etats-Unis.

Yves Lemarchand (Managing Director d’Experience Scotland, à Penicuik): “Le coronavirus est évidemment une catastrophe pour notre tourisme. On ignore encore ce qui nous attend, quels hôtels ouvriront bientôt et si on va encore pouvoir offrir toutes les prestations… Et bien sûr, l’Amérique est un marché capital pour nous. C’est difficile de rester positif, mais je reste optimiste. Sur les nombreux voyages incentives que nous avions planifiés cette année pour des groupes venus d’Amérique, des Pays-Bas, de Turquie et d’autres pays, 95% d’entre eux ont été simplement reportés à l’année prochaine. C’est prometteur. Cela démontre que l’Ecosse a du potentiel. Je suis convaincu que l’Ecosse occupera une place très spéciale dans le tourisme européen de demain. D’autant que les gens veulent désormais voyager tout autrement.

Nous devons maintenant viser les vacances en voiture, au départ d’Europe occidentale. Avec ferry. La peur de prendre l’avion est notre plus grand problème. Il faut viser les familles en voiture et les (petits) groupes en autocars. Ceux qui ne voyagent pas trop loin, sans trop de kilomètres, qui veulent bien boire et bien manger, des gens accueillants, de beaux paysages, des montagnes, la mer, un air sain, etc.” 

VisitScotland y adhère complètement. Toute sa stratégie se focalisera sur le Royaume Uni et les pays proches. Les ingrédients nécessaires sont présents.

Slow travel

Les souhaits du vacancier de demain deviennent de plus en plus clairs: éviter les masses, aller dans des endroits moins connus, moins éloignés, au cœur de la nature, avec un peu d’action (balades, vélo,…), du wellness, etc. Voyager doit devenir une expérience unique.

Une aubaine pour les Ecossais, qui sont des randonneurs-nés. Nature à perte de vue, innombrables chemins de randonnées (courtes ou longues) et points d’arrêt bien organisés font de l’Ecosse une destination exceptionnelle pour les marcheurs.

Autre élément de poids: le ‘right of way’. Une dizaine de milliers de sentiers traversant des domaines privés peuvent être parcourus librement par les promeneurs (qui sont toutefois tenus de respecter certaines règles de base). On y retrouve des vieilles voies de commerce ou de contrebande, des sentiers de pèlerinage, des routes militaires, ou tout simplement des sentiers menant de A à B en traversant de vastes propriétés privées. Tout est permis.

Cela fait donc des années que les Ecossais sont prêts à accueillir ces ‘nouveaux’ randonneurs. À cela s’ajoute également qu’il est permis d’installer sa tente où l’on veut.

Et les vélos en Ecosse?

Il y a plus de trente ans, quand j’étais copywriter pour VisitScotland, il y avait deux sujets qui n’étaient jamais mis en avant : le ski et le cyclisme en Ecosse. Le pays possède pourtant quelques beaux domaines skiables, mais il fait si froid dans ses montagnes qu’on pensait alors que seuls les Ecossais étaient capables de survivre à un tel séjour.

Il suffit d’ailleurs d’examiner une carte topographique du pays pour comprendre pourquoi les cyclistes n’étaient pas ciblés non plus: le réseau routier (surtout dans le nord) est assez disparate, les distances sont longues, les côtes abruptes et les pistes cyclables inexistantes. Il fallait donc être un cycliste particulièrement chevronné pour s’y balader, et l’assistance électrique n’existait pas encore.

Aujourd’hui, le ‘cycling’ fait toutefois partie intégrante des nouveaux voyages. Comme les sentiers de randonnée, les itinéraires cyclables ont fait leur apparition, contournant les obstacles majeurs pour amener les amateurs dans les plus beaux endroits tout en leur apportant une assistance logistique.

Du wellness? Quand même pas.

L’Ecosse n’est probablement pas le premier pays auquel on pense quand on prononce le mot ‘wellness’. Pourtant, le pays possède une multitude d’ingrédients pour se remettre rapidement en forme. Une étude menée par les Britanniques a révélé qu’un tiers des sondés désignaient l’Ecosse comme étant l’endroit idéal pour se détendre et se ressourcer.

Dans ce cadre, on pense immédiatement à la tranquillité sans borne des Highlands, aux vastes plages désertes de ses îles, à son inépuisable réseau de sentiers de randonnée, à ses villages endormis et aux Ecossais eux-mêmes, qui ont des réponses anti-stress à toutes les questions. On en oublierait presque la magie de l’Ecosse, avec ses ruines mystérieuses, ses abbayes légendaires, ses sentiers de pèlerinage, ses ‘standing stones’, voire ses monastères bouddhistes, tous sous-tendus par une histoire propre…

Si vous associez le wellness à la rêverie, trois pierres de basalte chaudes posées le long de votre échine dorsale, à un massage ‘full body’ ou à un ‘salt scrub’, la destination vous ravira tout autant. Je pense notamment au Stobo Castle Health Spa (à Stobo), un peu plus onéreux que les ingrédients énoncés au paragraphe précédent, mais divin.

L’Ecosse n’a débuté la promotion du wellness qu’en 2019, mais elle a très vite découvert que ce segment touristique se développe deux fois plus rapidement que les autres.

Et du whisky, of course.

Apparu vers 1960, le tourisme du whisky est devenu l’un des pôles principaux de l’industrie touristique écossaise. Chaque année, deux millions de personnes visitent au moins une distillerie, dépensant près de 60 millions de livres.

Mais ce tourisme a été provisoirement mis au placard.

Johnson avait annoncé la date du 15 juillet pour la réouverture des distilleries, mais la plupart d’entre elles ont laissé leurs centres de visiteurs portes closes.

Le long de la légendaire ‘Route du whisky’, dans le Speyside, où l’on retrouve de nombreuses distilleries, seules les enseignes Glenfiddich et Glen Moray sont actuellement ouvertes, moyennant un schéma de visite adapté.

Ian McWilliam (Marketing executive chez Glenfarclas): “Le centre de visiteurs de Glenfarclas restera fermé jusqu’à la fin 2020 et rouvrira ses portes l’année prochaine. Mais on ignore encore à quel moment. John Grant, le patron de Glenfarclas, a pris cette décision au mois de mai, avant tout pour éviter toute contamination venue de l’extérieur. Si l’un de nous était contaminé, toute la distillerie devrait fermer pendant deux semaines au moins, ce qui serait une petite catastrophe. John plaide à présent pour l’extension de cette mesure dans toute la région du Speyside, parce que nous pensons qu’il ne faut pas encourager les gens à venir jusqu’ici.”

Ce serait un coup dur pour les petites distilleries récentes (qui ont poussé comme des champignons ces dernières années): le whisky a en effet besoin de temps pour mûrir, et près de la moitié de leurs revenus émane de leurs visiteurs.

Mais il y a de l’espoir…

Yves Lemarchand: “Je suis optimiste. Le gouvernement écossais a fait preuve d’une plus grande patience et s’est montré beaucoup plus prudent dans sa lutte contre le Covid-19. Ça payera… du moins s’il n’y a pas de deuxième vague.”

 Au moment d’écrire ceci (13 juillet), l’Irlande du Nord et certaines régions d’Angleterre et du Pays de Galles ont été soudainement teintées en ‘orange’ par les Affaires étrangères.

Les personnes qui s’y rendront savent à quoi elles s’exposent. Et Sturgeon le sait aussi.

Comment ça… ‘there is not such thing as a border between England and Scotland’!

Fernand Dacquin

 


 

 

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