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Le Far West sous la neige – Plaisirs d’hiver en Idaho

Idaho, en plein cœur du Grand Ouest. Cet Etat foisonne de montagnes, de forêts, de canyons et de prairies. Dans ce ‘Big Sky Country State’, les horizons semblent plus larges qu’ailleurs. La vie en extérieur constitue donc une des forces d’attraction de l’Idaho. Pendant les longs mois d’hiver, l’Etat joyau retrouve son caractère farouche. Un clin d’œil aux cowboys d’antan.

L’asphalte s’étire comme une longue ligne noir charbon au beau milieu d’un paysage de collines en pente douce. L’herbe des prairies, jaune et sèche, se balance au rythme du vent. Le timide tapis de neige gagne en épaisseur à mesure que nous avançons vers le Nord. Nous remontons de la vallée de la Snake River en direction d’un plateau où les prairies et les champs de maïs laissent leur place aux montagnes et aux forêts de conifères. Le relief devient petit à petit plus vigoureux. Soudain, nous nous retrouvons à Ketchum, rendez-vous de la jet-set au milieu de Sun Valley, entourés par les montagnes Sawtooth.

Paradis du ski et de la jet-set

Sun Valley semble être tombée du ciel. Une impression qui n’est pas tout à fait étrange, car il s’agit d’un endroit ‘créé de toutes pièces’. C’est Averell Harriman, un magnat de l’Union Pacific Railroad Company, qui a bâti cet endroit dans les années 30. Bien loin des domaines suisses très mondains de Saint-Moritz et Gstaad, il voulait créer son paradis skiable à lui, pour la jet-set du pays de l’oncle Sam.

Le premier bâtiment à sortir de terre fut le Sun Valley Resort, toujours debout aujourd’hui, qui a pris la forme d’un palais en chêne avec feux ouverts et lustres en cristal. Pendant ses 40 premières années, le domaine mondain de Sun Valley a fait les yeux doux à de nombreuses stars d’Hollywood, qui ont laissé leur marque dans les photos qui ornent les couloirs de l’hôtel. L’écrivain Ernest Hemingway était un hôte régulier de l’établissement; il résidait dans la suite 206, où il a rédigé le célèbre ‘Pour qui sonne le glas’. Son humble sépulture se trouve dans le petit cimetière au bout de Main Street. Aujourd’hui, Sun Valley est encore et toujours un repère pour la jet-set amatrice de glisse. A Ketchum, remplie d’hôtels trendy et de boutiques hors de prix, des vacanciers tirés à quatre épingles dans leur combinaison de ski animent les rues de la ville. L’endroit est surplombé par Bald Mountain, qui a la réputation d’être la ‘best single ski mountain’ des Etats-Unis.

Soshone Falls.

Monstres à quatre roues

Il est grand temps de partir en quête d’une partie plus authentique de l’Idaho. A Swan Valley, la route suit le cours d’une rivière qui se fraye un chemin dans un labyrinthe de rochers enneigés. A Victor, une ville encore plus reculée, tout le monde se déplace à bord d’énormes monstres à quatre roues. A l’arrière d’un de ces trucks, quelques fusils s’entrechoquent négligemment. Dans ce coin perdu au pied de la montagne du Grand Teton, la mentalité du Far West est encore bien vivante. Le visage creusé par les intempéries, les locaux sont très sympathiques, mais vous font bien comprendre qu’il ne faut pas leur chercher de noises. Ici, ils vivent comme ils l’entendent, et personne ne doit venir leur donner de leçon.

A Ashton aussi, une petite ville à deux heures de Victor, cette mentalité est toujours d’actualité. Nous y avons rendez-vous avec Linda Janssen, une femme vaillante proche de l’âge de la pension qui gère Silver Sage Mushing, une petite entreprise qui organise des balades en traîneaux à chiens. Nous avons eu du mal à trouver Linda, car elle vit seule en bordure du village dans une cabane en bois très rudimentaire. “Je vis toujours à la manière de mes ancêtres allemands qui se sont établis ici au début du XXe siècle”, dit-elle en riant. “Tout mon argent va au soin et à la nourriture de mes 25 alaskan huskies. Je bricole même dans un magasin d’Ashton pour pouvoir couvrir tous ces frais.”

Des huskies dans les starting-blocks

Nous allons rendre visite aux chiens dans leur cage alors qu’il neige à gros flocons. Les huskies comprennent tout de suite ce qu’il se passe et se mettent à aboyer gaiement. Dans un raffut de tous les diables, le conducteur de notre traîneau arrive finalement à atteler les dix chiens. Les huskies sont dans les starting-blocks et n’attendent qu’une chose: courir. Les freins à peine lâchés, nous faisons un bon en avant. Les chiens prennent vite le rythme, et nous filons à travers le paysage enneigé. Que de sensations! Quand, une heure plus tard, gelés, mais heureux, nous approchons du chenil, nous avons l’impression d’avoir été tirés par des chiens pendant des années déjà. Nous reprenons des forces et des couleurs autour d’un feu de camp et d’un bon café. Linda nous invite ensuite à manger dans sa cabane. Quiconque veut affronter l’hiver en Idaho ne doit pas oublier de bien manger affirme-t-elle à ses ‘Belgian friends’ en guise d’au revoir.

Des cygnes qui trompettent

L’Idaho 20 nous mène au Harriman State Park à travers la forêt nationale de Caribou-Targhee. Autrefois, ce grand parc de 45 kilomètres carrés était la propriété privée de la famille d’Averell Harriman, le fondateur de Sun Valley. La famille a offert ce grand terrain à l’Etat d’Idaho en 1977, à la condition que le parc devienne un refuge pour les animaux sauvages. Aujourd’hui, différentes espèces d’animaux vivent dans le parc, dont les cygnes trompettes, espèce menacée qui passe l’hiver ici, le long de la Henry’s Fork River. Outre le craquement de nos pas dans la neige et le bruit de trompette des cygnes, le silence règne ici en maître.

Des cygnes trompettes au Harriman State Park.

Monstre des neiges

Il faisait bien plus bruyant dans le village d’Island Park, qui se décrit lui-même comme la ‘snowmobile capital of the world’. Tous ses habitants semblent posséder une motoneige, utilisée comme moyen de transport tout à fait commun par les locaux dans cet environnement enneigé. Mais la plupart des motoneiges sont mises à la disposition des touristes qui peuvent entreprendre des balades accompagnées le long des chemins infinis de la forêt nationale de Caribou-Targhee. La communication se fait par gestes, car le casque est obligatoire et ces engins font un vacarme du tonnerre. D’un point de vue écologique, on pourrait parler de blasphème (on sent les vapeurs d’essences entre les arbres), mais la sensation de liberté est énorme, de même que la poussée d’adrénaline.

Nature primitive

S’il faut trouver un endroit de cet immense continent où la nature se trouve encore à l’état sauvage, c’est bien au Yellowstone National Park et dans le domaine qui l’entoure. Bien que la majeure partie du parc se situe dans le Wyoming, Yellowstone s’étend également sur le territoire de l’Idaho et du Montana. Nous entrons dans Yellowstone par l’accès ouest (Montana). Notre ‘snow coach’ (un petit bus à chenilles et patins) nous amène jusqu’à la zone des geysers. Le parc est bien moins visité en hiver, alors que Yellowstone revêt alors de splendides habits. Devant nos yeux s’étend une large vallée au fond de laquelle coule Madison River. Sur les rives, des bisons pâturent lentement les pattes dans la neige. Dans cette nature à l’état pur, c’est eux qui jouent le rôle principal. Ils occupent ces terres depuis la préhistoire. Nous observons la manière dont ils enfoncent leur tête puissante dans la neige à la recherche d’herbe.

Yellowstone: des geysers et des lacs chauds et colorés.

Vieux fidèle

Les paysages de Yellowstone changent étonnamment rapidement, de montagnes boisées et vallées enneigées en profonds canyons et puits de boue fumants qui dégagent un brouillard magique sur les collines alentour. Ce qui rend Yellowstone si spécial se trouve sous terre. Un domaine volcanique. De partout dans les vallées et sur les flancs des collines s’élèvent des colonnes de fumée. Des nuages de vapeur se forment au-dessus de lacs d’eau chaude aux couleurs vives, qui dégagent d’inquiétantes odeurs de soufre. Pas moins de deux tiers des geysers actifs dans le monde se trouvent à Yellowstone. Le plus connu d’entre eux est appelé Old Faithfull (‘vieux fidèle’), lequel projette chaque heure et demie une fontaine de fumée et d’eau chaude dans le ciel, parfois à plus de 40 mètres de haut.

La faune charismatique de Yellowstone en fait peut-être le domaine d’Amérique du Nord (hormis l’Alaska) qui s’approche le plus de la situation avant l’arrivée des colons. Notre guide sort son télescope et nous fait profiter de la puissance de la lentille. Au moment où je pose mon œil dessus, je me retrouve les yeux dans les yeux avec un grand loup noir qui vient de déchiqueter un morceau de viande. J’ai presque l’impression de mettre ma tête dans sa gueule. Une proximité un peu lugubre. Voilà à quel point vous serez proche de la nature quand vous visiterez le Far West.

En pratique

Comment y aller? Aucun vol ne relie directement l’Europe à l’Idaho. Nous avons volé avec Delta Air Lines au départ de Bruxelles via Amsterdam et Seattle jusqu’à Boise, en Idaho. Vol retour: Boise – Salt Lake City – Amsterdam – Bruxelles.

Séjour: à Boise, The Modern Hotel & Bar et le Riverside Hotel; à Ketchum, le Limelight Hotel, à Victor, le Teton Springs Lodge and Spa; à Island Park, le Sawtelle Mountain Resort; à West Yellowstone (Montana), le Three Bear Lodge et à Lava Hot Springs, le Riverside Hot Springs Inn and Spa.

Pus d’infos: www.visitidaho.org

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