Analyses

La Crète investit

Heraklion Airport (HER), le deuxième aéroport le plus fréquenté de Grèce avec ses sept millions de pax sur base annuelle, a enfin entamé une cure de jouvence. Certains parlent d’une rénovation, d’autres d’une refonte totale. En avril débutait l’extension sur quelque 3.000 m² du terminal quelque peu vétuste. Celui-ci était une horreur pour les milliers de touristes qui ont dû pendant des années faire la file sous un soleil de plomb et des températures pouvant atteindre 40°C avant l’enregistrement. Le nouveau terminal, qui aurait déjà dû être construit il y a cinq ans, est intégralement financé par Hellenic Duty Free Shops. Les sorties sont bien pensées, il faudra encore juste emprunter le couloir et les escaliers historiques vers les carrousels à bagages. La rénovation, à hauteur de 13 millions d’euros, n’a finalement pas été financée par l’Etat grec, mais par le consortium précité qui œuvre à une belle promotion des producteurs grecs d’huile d’olive, de vins et autres produits typiquement locaux. Heraklion Airport disparaîtra ainsi peut-être enfin du classement ‘Sleeping in Airports’ où il figure en tant que plus mauvais aéroport de Méditerranée, devant Santorin, Rhodes, Paris-Beauvais et Londres Luton.

Kastelli Airport plan

Entre-temps, le succès du deuxième aéroport crétois à La Canée reste aléatoire, car Ryanair y a cessé ses activités début juin, mais continue d’opérer des vols entre Athènes et Mykonos, Santorin et Thessalonique. La grande nouveauté est la construction (enfin) annoncée du nouvel aéroport international de Kastelli, au sud-est d’Héraklion entre Chersonissos et Elounda. Celui-ci offrira un accès direct à l’autoroute A90 longeant la côte nord de l’île. La distance entre la capitale et le nouvel aéroport sera alors de 40 kilomètres. L’appel d’offres international a été remporté par le groupe gréco-indien Ariadne qui comprend Gek Terna et le GMR Group. Pour celui-ci, il s’agira du second projet d’aéroport après le nouveau Sabiha Gökçen International Airport à Istanbul. L’investissement total et la concession pour 37 ans s’élèvent à 850 millions d’euros (selon le ministère de l’Infrastructure); la construction en elle-même est budgétée à 480 millions d’euros. Dans un pays présentant le taux de chômage le plus élevé de la zone euro (23%), la construction de l’aéroport permettra de créer un millier d’emplois pour la période de cinq ans prévue pour la construction. L’ouverture est prévue pour 2023, et l’Etat grec participera ici à hauteur de 46% dans la nouvelle structure d’administration. Outre la piste de classe E s’étendant sur 3.200 mètres, on trouvera une piste parallèle de 23 mètres de large de classe A et des emplacements pour 27 appareils. La capacité est estimée à environ sept millions de pax par an, ce qui est assez prudent quand on sait qu’Heraklion Airport (qui accueillait 3,8 millions de pax en 2010) atteignait les 7,4 millions de passagers l’an dernier. Quoi qu’il en soit, le site est suffisamment étendu à côté de l’aéroport militaire existant pour augmenter rapidement la capacité. La Crète étend également son port. Depuis la fin de l’année dernière, Héraklion accueille un nouveau terminal de croisières, un projet de deux millions d’euros porté par l’Heraklion Port Authority. Si on exclut la liaison quotidienne en ferry Le Pirée – Héraklion, il reste encore des départs réguliers vers et depuis Mykonos, Rhodes, Santorin, Paros et Ios. En Grèce, Le Pirée mène le marché croisiériste avec 47% devant Corfou (15%), Mykonos (9%), Santorin (7%), et ensuite Héraklion. En 2016, la Crète comptait 170 départs de croisières, l’an dernier 247 et cette année 280. TUI Cruises avait planifié trois départs en 2017, cette année ce chiffre est porté à cinq. Tout ceci est la conséquence de la croissance exponentielle du tourisme international pour lequel la Crète représente 20% du nombre de vacances en Grèce.

Robrecht Willaert, rédacteur en chef de Travel Magazine

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