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Gunther Hofman (TUI fly): “D’un point de vue technique, j’ai pleine confiance dans le MAX”

Par Luk De Wilde & Robrecht Willaert

Cela fait près de quatre mois que le Boeing 737 MAX est cloué au sol partout dans le monde après les crashes d’appareils de ce modèle appartenant à Ethiopian Airlines et Lion Air. Parmi les 376 appareils déjà livrés par Boeing, on en compte sept chez TUI fly Belgique et Pays-Bas. Ceux-ci sont stationnés sur le tarmac de Brussels Airport (4), Schiphol Airport (2) et à l’aéroport de Sofia (1). A l’aube de la saison estivale, Travel Magazine (TM) fait le point avec Gunther Hofman (GH), managing director TUI fly Benelux, sur la situation du Boeing 737 MAX.

TM: Le MAX volera-t-il à nouveau cette année?

GH: C’est d’emblée une question très difficile. Répondre par un simple oui ou non est compliqué à l’heure actuelle. Comme vous le savez, de nombreux facteurs entrent en ligne de compte. Sans trop entrer dans les détails techniques, l’appareil doit être remis aux normes par Boeing.

La FAA, l’autorité américaine de l’aviation, devra alors donner son feu vert, notamment par la certification des modifications apportées par le constructeur. Boeing a en fait apporté une modification de design, ce qui fait que le MAX doit à nouveau être homologué, et ce, aussi bien par le constructeur que par les autorités. L’EASA, le contrôleur européen, devra ensuite lui aussi donner son aval, avant que les autorités locales où le MAX est en activité ne donnent également leur accord pour sa remise en service.

TM: Une fois cela fait, cela ne veut pas pour autant dire que le MAX pourra directement reprendre du service?

GH: Pas du tout. Nous devrons d’abord remettre notre simulateur à jour chez TUI fly. En fonction de la décision de la FAA, nos pilotes devront recevoir des formations complémentaires. Simultanément, les appareils devront passer par un entretien en profondeur. Ils sont restés inactifs pendant un bon moment et nos techniciens auront du travail pour les préparer à voler de nouveau. Le feu vert de la FAA et de l’EASA ne veut donc pas dire que nous pourrons à nouveau voler directement avec le MAX. Il faudra compter quelques semaines pour que tout soit prêt.

(Suite de l’interview sous la photo)

TM: Chez TUI, vous disposez aujourd’hui d’assez d’appareils de remplacement jusqu’à la fin de l’été. Vous comptez donc sur une remise en service du MAX pour septembre au plus tôt.

GH: Pas tout à fait. L’interdiction de vol du MAX engendre une demande importante de capacité supplémentaire. Aucune compagnie ne veut laisser tomber ses clients et elles se voient donc obligées de louer des appareils supplémentaires. La demande est donc très importante. L’arrivée de l’été marque aussi une période chargée pour l’aviation. C’est d’autant plus le cas chez nous, en tant que plus grand groupe voyagiste d’Europe; nous voulions assurer nos arrières et nous avons conclu des contrats de longue durée avec d’autres compagnies qui répondent aux normes de TUI pour le transport de nos clients vers leurs destinations de vacances. Les fournisseurs d’appareils savent aussi que la demande est importante. Il est donc évident qu’ils préfèrent louer leurs appareils pour des périodes un peu plus longues que simplement quelques semaines. Le jeu du marché, sans doute? C’est pourquoi nous avons pris les devants avec TUI fly jusqu’après le pic estival.

TM: L’ensemble du TUI Group possède 72 MAX en commande, 12 d’entre eux sont prévus pour la Belgique et les Pays-Bas. Cela reste-t-il d’actualité? Envisagez-vous de modifier cette commande?

GH: Non. Jusqu’ici, la commande reste inchangée.

TM: Différents transporteurs ont déjà demandé une compensation à Boeing. Certains ont même revu leurs commandes…

GH: Je pense qu’il est logique en tant que client d’essayer de négocier une compensation commerciale. Je suppose que tout le monde, y compris Boeing, sait que cela va arriver.

Chez TUI fly, nous sommes intimement liés à Boeing. D’une part, pour notre flotte et, d’autre part, pour nos simulateurs, nos contrats pour les pièces de rechange, etc. Je voudrais souligner que nous entretenons une excellente relation avec eux.

TM: Le TUI Group estime les coûts supplémentaires résultant de l’interdiction de vol du MAX à environ 300 millions d’euros.

GH: Effectivement. Ce calcul est un pronostic sur les frais supplémentaires jusqu’à la fin septembre, qui est aussi la fin de notre année fiscale. Cela ne veut toutefois pas dire que ce montant augmentera encore après le mois de septembre. Durant l’hiver, l’interdiction de vol du MAX est plus facilement gérable que pendant l’été très chargé.

 TM: Les choses vont-elles vraiment aller mieux pour le MAX? Il y a environ un mois, tout le monde se montrait encore optimiste quant à une reprise d’activité rapide. Quelles sont les attentes aujourd’hui?

GH: D’un point de vue technique, j’ai pleine confiance dans le fait qu’une solution va arriver et que l’appareil pourra être certifié d’ici peu. Nous examinerons également les mises à jour dans le programme d’entraînement. Boeing et les autorités compétentes vont présenter une proposition que nous intégrerons dans notre propre programme. Le TUI Group suivra l’avis de l’EASA et des autorités nationales, c’est évident.

TM: Il n’est pas exclu qu’une simulation par ordinateur soit suffisante.

GH: En effet. Différentes autorités n’ont pas encore pris de décision claire. Il n’est pas facile d’arriver à un compromis. Des réunions sont prévues dans le but de mettre toutes les autorités de l’aviation du monde d’accord, et cela concerne non seulement les Américains et les Européens, mais aussi les Canadiens, les Chinois, les Britanniques, etc. Le Royaume-Uni est un acteur important dans cette discussion. Il ne faut pas oublier que le pays a été le premier d’Europe à interdire la circulation du MAX.

TM: Vous avez déjà parlé des solutions techniques pour le MAX, le processus de certification, l’entraînement des pilotes qui est prévu. Mais ne sera-t-il pas surtout difficile d’attirer les clients à bord? Comment regagner la confiance des passagers?

GH: Boeing a déjà mené une enquête (qui se limite au Royaume-Uni pour l’Europe), il est vrai. Nous allons également lancer une enquête dans nos différents marchés, au moyen de différents questionnaires et d’une typologie différenciée des clients, qui identifie ceux qui volent souvent, ceux qui ne voyagent qu’une fois par an, etc.

Cette enquête doit nous indiquer si les clients sont inquiets et les raisons de cette éventuelle inquiétude. Ce sondage est très complet et très vaste, les résultats nous permettront alors d’orienter notre communication.

J’ai bonne confiance dans le fait que, lorsque le MAX sera à nouveau en opération, il sera tout à fait en ordre. C’est la première fois dans l’histoire de l’aviation moderne qu’on prête autant d’attention aux aspects sécuritaires d’un modèle d’avion précis. Cela est notamment dû à l’attention médiatique que les problèmes techniques du MAX ont engendré. Encore une fois, mon avis est clair: une fois que l’appareil sera à nouveau apte à voler, il n’y aura pas plus de risques de voyager à bord d’un MAX qu’à bord de n’importe quel autre type d’appareil. Seulement, tout ceci doit être communiqué au client: l’utilisateur, le passager. Et nous nous y attelons en ce moment même chez TUI.

TM: Entre-temps, les clients TUI peuvent-ils partir en voyage l’esprit tranquille?

GH: Absolument! Pour les marchés belge et néerlandais, nous avons loué des appareils à SmartLynx, Sunwing Airlines, Miami Air, GetJet, Gowair, euroAtlantic Airways, LEVEL et Wamos Air afin de pouvoir répondre à l’intégralité de la demande. C’est une opération compliquée et coûteuse, mais il est important que tous nos clients puissent partir en vacances pendant la haute saison.

A bord de tous ces vols, référencés avec un numéro de vol TUI, on retrouve un personnel naviguant de TUI fly. De plus, en tant que compagnie aérienne et en tant que tour-opérateur, nous nous portons garants du service TUI si apprécié.

En outre, nous faisons aussi appel à Freebird Airlines depuis des années, avec qui nous entretenons un partenariat pour une partie de nos vols vers la Turquie.

 TM: Clôturons le chapitre MAX. Quelles sont les perspectives de TUI fly concernant les aéroports régionaux?

GH: TUI fly a déjà récolté un beau succès auprès des voyageurs grâce à son offre croissante de vols au départ de plusieurs aéroports belges. Jusqu’ici, nous pouvons parler d’une demande en perpétuelle augmentation pour des départs plus proches du domicile des clients.

Cette année, Anvers et Ostende accueillent chacun un nouvel appareil, qui nous permettent de proposer de nouvelles destinations ou des fréquences à la hausse. Brussels Airport reste de loin notre aéroport le plus important, mais vu la difficulté croissante que nous rencontrons pour trouver des slots intéressants pour de nouveaux vols, les aéroports régionaux sont une initiative attrayante qui nous permet de poursuivre notre croissance.

Chaque saison, les routes sont évaluées et nous examinons si nous pouvons encore élargir notre offre au départ des aéroports régionaux avec des destinations qui plairont aux clients. Cette démarche restera la nôtre à l’avenir.

TM: TUI fly ne fait plus voler son Boeing 767, mais cet appareil ne disparaît pas de la flotte. Quel est le raisonnement derrière cette décision?

GH: Une décision opérationnelle a effectivement été prise au sein de TUI fly Benelux pour pouvoir également faire appel à un appareil de remplacement pour nos destinations lointaines en cas de retards. D’importants retards sont à prévoir en cas de problème technique d’un appareil dans les Caraïbes.

En nous donnant la possibilité de faire appel à notre Boeing 767 comme appareil de remplacement à tout moment, nous pourrons beaucoup mieux gérer ces éventuels retards.

 TM: Y aura-t-il de nouvelles destinations au programme pour l’automne ou l’hiver prochain?

GH: Nous ne proposerons pas de nouvelles destinations. A partir de septembre, le programme à destination de Mombasa/Zanzibar verra l’ajout de deux vols hebdomadaires, une fréquence importante, car de nombreux voyageurs optent pour un séjour d’une semaine et demie.

Photos © Studio Ariane Kok

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