Analyses

Feuilleton TM sur le Brexit (épisode 6): “Des conséquences opérationnelles et commerciales”

Une fois que le Brexit sera effectif et que le Royaume-Uni quittera l’Europe, plus de 300.000 emplois dans le secteur touristique seront mis en danger au Royaume-Uni, et quelque 400.000 en Europe. C’est ce qui ressort d’une étude réalisée par le World Travel & Tourism Council (WTTC). L’impact d’un no-deal causerait en d’autres termes d’importants dégâts à l’un des principaux secteurs économiques au Royaume-Uni. Selon le WTTC, le secteur touristique pèse pour plus de 1,5 trillion d’euros dans le PIB de l’Europe (10,3% du total), et donne du travail à 27,3 millions de personnes (11,7% de la force de travail active). Au Royaume-Uni, le secteur représente 213,8 milliards de livres du PIB (10,5% du total) et quatre millions d’emplois (11,6% du total). L’analyse du WTTC a mis en lumière l’impact du Brexit pour la décennie à venir. Pour ce faire, il a été tenu compte de la régression de 7,7% prévue pour le Royaume-Uni (selon le Fonds monétaire international).

Dans ce cas de figure, un no-deal causerait:

  • Une perte de 308.000 emplois au Royaume-Uni,
  • Une perte de 399.000 emplois en Europe continentale,
  • Une perte de 18,6 milliards de livres pour le PIB britannique,
  • Une perte de 22 milliards d’euros pour le PIB du reste de l’Europe.

P&O Ferries: “Nous continuerons d’assurer nos services”

Dan Bridgett (head of communication de P&O Ferries): “Aussi longtemps qu’il y aura des marchandises et des voyageurs à transporter entre le Royaume-Uni et l’Europe, P&O Ferries continuera d’assurer un service de ferry et de logistique depuis et vers le continent. Nous avons noué d’étroites relations avec les autorités des deux côtés de la Manche. Celles-ci nous ont confié être pleinement conscientes de l’importance économique et commerciale de la libre circulation du trafic transfrontalier. Nous attendons d’elles qu’elles agissent pour atténuer l’impact de tout contrôle, douanier et sanitaire, qui pourrait être réintroduit afin que nos clients puissent continuer à compter sur nos services pour l’importation et l’exportation de marchandises vitales.”

Brussels Airport: “Nous gelons le plan de vol au niveau de 2018”

Arnaud Feist (ceo de Brussels Airport): “Le Brexit a naturellement des conséquences opérationnelles et commerciales. Au niveau opérationnel, notamment pour ce qui est des mesures douanières qui touchent les passagers, mais encore davantage la circulation des marchandises. Pensez aussi aux accords qui existent sur base de la certification des appareils et des compagnies aériennes. Commercialement, il a été décidé de geler tous les vols existants entre l’Union et le Royaume-Uni au niveau de 2018. Pour Brussels Airport, ceci n’a pas de conséquence directe, car aucune nouvelle ligne n’était prévue, mais deux projets sont toutefois rangés au placard jusqu’à nouvel ordre. Néanmoins, de nombreux nouveaux vols ont déjà été annoncés entre le Royaume-Uni et l’Europe pour 2019.”

ECTAA: “Le risque d’un no-deal se rapproche très sérieusement”

Michel de Blust: “Depuis le rejet de l’accord sur le Brexit par le parlement britannique et le refus de l’Union européenne de rouvrir des négociations sur un accord qui avait déjà été négocié durant deux ans, le risque d’un no-deal le soir du 29 mars 2019 se rapproche très sérieusement.

Pour éviter un scénario catastrophe et un blocage complet des transports, des échanges et de la circulation des voyageurs fin mars, l’UE s’apprête à adopter un certain nombre de dispositions règlementaires qui auront pour but de préserver les transports et les échanges et qui seront d’application jusque fin mars 2020.

Les dispositions suivantes concernent plus particulièrement les voyageurs.

Un projet de règlement sur les transports aériens doit être approuvé en procédure d’urgence par le Parlement européen et le Conseil pour garantir la continuité du transport aérien entre l’UE et le Royaume-Uni. Les transporteurs aériens britanniques pourront continuer à opérer les vols entre la Grande-Bretagne et le continent à l’exception des vols de cabotage au sein de l’Union. Il n’y aura temporairement pas de restrictions de capacité. Seront couverts également les vols en partage de codes. Ce règlement a déjà été adopté par la Commission Transports du Parlement européen et doit faire l’objet d’une adoption en session plénière du 11 au 14 février. Le texte a également fait l’objet d’un accord de principe au Conseil.

Un autre projet de règlement concerne la dispense des citoyens britanniques de l’obligation de visa pour entrer dans l’espace Schengen. Il devra également être adopté en février. Il reste à confirmer que les titulaires de passeports britanniques pourront encore utiliser les points de contrôle ‘EU-EEA passports’ dans les aéroports. A défaut, ils devront utiliser les comptoirs ‘non EU passports’, ce qui pourrait occasionner des engorgements lors des contrôles.

Ces règlements entreront en vigueur le 30 mars 2019 en cas de no-deal et seront temporairement maintenus jusqu’en mars 2020. Ces règlements seront d’application pour autant que le Royaume-Uni garantisse des dispositions similaires pour les compagnies aériennes de l’UE et pour les citoyens européens.

Le Royaume-Uni a déjà annoncé qu’il garantirait aux citoyens européens un accès sans visa à son territoire et accepterait les cartes d’identité européennes comme document de voyage valable (ndlr. pour rappel, les citoyens britanniques n’ont pas de carte d’identité).

Un Brexit sans accord aurait comme conséquences pratiques pour la saison été 2019 et hiver 2019-2020:

  1. Les compagnies aériennes européennes et britanniques pourront assurer leurs services aériens entre l’UE et le Royaume-Uni selon les horaires et capacités initialement prévues. Les compagnies britanniques ne pourront pas faire de cabotage sur le territoire de l’UE. Les accords de partage de codes sont maintenus. Ces dispositions s’appliqueront jusque fin mars 2020 (fin de l’horaire d’hiver 2020).
  2. Les services Eurostar, Eurotunnel et les ferries pourront continuer d’opérer comme actuellement jusque fin mars 2020.
  3. Les voyageurs britanniques pourront se rendre dans les pays de l’UE sans visa pour des périodes de maximum 90 jours consécutifs.
  4. Les voyageurs européens pourront se rendre au Royaume-Uni sans visa et en utilisant leur carte d’identité nationale.

Toutes ces dispositions sont temporaires jusque fin mars 2020 et leur maintien sur le long terme devra faire l’objet d’accords entre l’UE et le Royaume-Uni.”


Lisez les autres épisodes:

Épisode 5

Épisode 4

Épisode 3

Épisode 2

Épisode 1

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