Analyses, Newsflash

Feuilleton TM sur le Brexit (épisode 2): “L’incertitude règne”

Hier soir, le mardi 15 janvier, la Chambre des Communes a officiellement rejeté l’accord sur le Brexit. Aujourd’hui, la situation est dès lors plus qu’incertaine. Une incertitude qui entraîne des conséquences à ne pas sous-estimer, tant pour les entreprises que pour les citoyens, britanniques comme européens, et ce, dans tous les secteurs, en ce compris l’industrie voyagiste…

Eurostar: “les trains continueront de rouler”

Stefanie Van Mierlo (Eurostar): “En ce qui concerne Eurostar, nous partons pour l’instant du principe que les trains continueront de rouler après le Brexit sur la base actuelle et selon les horaires d’application aujourd’hui. Nous sommes en discussion avec le gouvernement à ce sujet et continuerons dans cette voie. Nous comprenons également que le gouvernement vise un accord bilatéral pour assurer la continuité des services, et que de tels accords restent d’application dans le cas d’un ‘no-deal’. Nous continuons de travailler de manière constructive avec le gouvernement pour nous assurer que nous avançons ensemble vers ce résultat.”

Dugardyn & Partners: “les voyageurs hésitent”

Olivier Dugardyn (avocat): “A court terme, l’incertitude autour du Brexit ne met pas à mal les réservations pour le Royaume-Uni. Le gouvernement britannique et la Commission européenne tentent de prendre des mesures permettant aux compagnies de continuer à voler même sans accord et aux voyageurs de se mouvoir facilement entre les pays. Mais des hésitations semblent tout de même naître dans le chef des voyageurs. Quels documents seront à l’avenir nécessaires pour voyager? Les voyages seront-ils assurés? Qu’adviendra-t-il en cas d’accident, seront-ils toujours couverts par leur assurance? Quel sera l’impact de la livre sterling sur le prix du voyage? Les frais de roaming seront-ils d’application?

La question reste aussi de savoir si le Royaume-Uni continuera d’observer les réglementations européennes en matière de voyages (et autres règlements qui y sont liés, comme les droits des passagers) en cas de ‘crash out’. Le Royaume-Uni est et reste un marché important. Le Brexit aura donc des conséquences économiques néfastes indéniables pour les organisations de voyage européennes et les destinations qui se concentrent traditionnellement sur le public britannique de même que pour les organisations de voyages britanniques incoming et outgoing. On remarque d’ailleurs que pas mal d’organisations (et associations) de voyages britanniques cherchent soudain à avoir un pied-à-terre sur le sol européen, via l’ouverture de filiales ou des reprises. Comme si le ‘flegme britannique’ laissait finalement sa place au réalisme…

A long terme, nous devrions peut-être nous faire encore davantage de souci. Le Brexit et plus largement le nationalisme qui grandit aux quatre coins du monde sont des évolutions qui ne riment pas avec l’ADN de l’industrie voyagiste, et du voyage en lui-même.”

ECTAA: “un contingency plan pour les conséquences dramatiques”

Michel de Blust (ECTAA): “Le Brexit aura des conséquences importantes pour l’industrie du tourisme à court et à moyen/long terme. Rappelons que le Royaume-Uni est un marché émetteur essentiel pour l’UE des 27. Plus de 76% de voyages des Britanniques avaient pour destination un pays de l’UE des 27 en 2017. De même, 67% des visiteurs du Royaume-Uni proviennent de l’UE des 27.

A l’heure d’écrire ces lignes, le scénario est le suivant: le Parlement britannique n’a pas ratifié l’accord de Brexit. Dans ce cas de ‘hard Brexit’, les conséquences seront particulièrement dommageables pour l’industrie du tourisme puisque l’absence d’accord signifie qu’à partir du 30 mars 2019, le Royaume-Uni devient un Etat tiers et l’ensemble des dispositions décrites ci-dessus ne seront plus applicables avec comme conséquences:

  • Des contrôles renforcés aux frontières;
  • Une réduction significative de l’offre de transport aérien entre l’UE et le Royaume-Uni;
  • Des limitations concernant le transport par autocar;
  • Une application des frais de roaming;
  • La fin de l’application des accords concernant les soins de santé (carte européenne de prise en charge);
  • Des restrictions sur le détachement des travailleurs.

Pour pallier les conséquences dramatiques d’un ‘hard Brexit’, l’UE a préparé un ‘contingency plan’ pour éviter l’interruption du trafic aérien, maritime et ferroviaire.

En ce qui concerne le transport aérien, l’accès à l’espace aérien de l’UE et certains droits de trafic des compagnies aériennes du RU seront temporairement maintenus jusque fin 2019. Un règlement européen d’une durée de validité temporaire est prêt à être adopté en ce sens.

De même, la commission envisage d’inclure le Royaume-Uni dans le règlement 839/2001 (Schengen visa-waiver) pour dispenser les citoyens britanniques de l’obligation de visa dans l’espace Schengen, à la condition que le Royaume-Uni adopte une réglementation similaire.

Des dispositions temporaires concernent également le trafic maritime entre le Royaume-Uni et l’UE, et les services ferroviaires (Eurostar, Channel services). Il faut souligner le caractère temporaire de ces dispositions qui nécessiteront par la suite des négociations entre l’Union et le Royaume-Uni pour leur maintien sur le long terme.

Depuis le referendum britannique de juin 2016, ECTAA a informé ses membres sur l’impact et les conséquences possibles du Brexit pour l’industrie et sur les négociations entre le Royaume-Uni et l’UE. La Commission européenne a publié des notices sectorielles d’information concernant les conséquences du Brexit. Il faut noter que ces notices sont purement basées sur une analyse factuelle et juridique des conséquences du Brexit.”

Destination Green: “l’incertitude pèse lourd”

Karl Dijkmans (Destination Green): “L’incertitude pèse lourd sur le Brexit, notamment parce que les marchés remarquent que les Britanniques tendent à repousser la réservation de leurs vacances de l’autre côté de la Manche. Nous notons la même tendance chez nous, mais en sens inverse. La demande pour des vacances au Royaume-Uni est sensiblement plus faible qu’à la même période l’année dernière. Nous pouvons évidemment proposer des alternatives, comme l’Irlande, qui récoltera certainement les fruits du Brexit au niveau touristique. Grâce à cet intérêt pour d’autres destinations vertes, nous arrivons à minimiser l’impact négatif du Brexit sur les ventes.

Néanmoins, le Brexit aura des conséquences négatives sur les ventes pour le Royaume-Uni, et tant que les îles britanniques ne se décident pas sur la direction à prendre, les ventes continueront de traînasser. Le no-deal risque bien de se révéler problématique, mais ce n’est pas inéluctable. Les temps d’attente dans les ports et les aéroports se rallongeront en raison de contrôles accrus. En revanche, le no-deal devrait amener une chute drastique de la livre sterling, ce qui pourrait convaincre certains voyageurs. Autre élément à prendre en compte, le no-deal entraînera la suppression de la TVA sur les voyages au Royaume-Uni, ce qui avantage une nouvelle fois le prix de tels voyages. Nous achetons actuellement pas mal de livres sterling dans l’anticipation de cette baisse. Si les Britanniques venaient finalement à tomber d’accord, le Royaume-Uni connaîtrait de toute façon une baisse, nous n’attendons donc pas de hausse de la livre à court terme.

A l’heure actuelle, nous investissons volontairement dans nos autres destinations, surtout du côté des nouveautés. Le 29 mars, le Royaume-Uni ne cessera pas d’exister. Nous prenons les impacts négatifs en compte, mais nous ne pensons pas devoir faire face à un scénario catastrophe.”


Retrouvez ici le premier épisode: TM feuilleton Brexit (épisode 1): “L’industrie touristique avance à l’aveugle”

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