Analyses, Croisières

Face aux défis sociétaux, l’industrie croisiériste ne peut pas se voiler la face

La semaine dernière, la dixième édition du Seatrade Europe a attiré plus de 5.000 professionnels de l’industrie croisiériste à Hambourg. Ce chiffre record tend à prouver que le secteur ne cesse de se développer. Selon Michael Thamm, président de CLIA Europe et CEO du Groupe Costa, l’Europe est le principal marché croisiériste au monde derrière l’Amérique du Nord, avec une part de marché de près de 40%. Le secteur représente en Europe un chiffre d’affaires de 48 milliards d’euros par an et génère 400.000 emplois directs et indirects.

Michael Thamm est convaincu que cette tendance positive se poursuivra ces prochaines années. C’est ce qui ressort entre autres des commandes de navires. Le carnet de commandes ne compte pas moins de 114 navires et 250.000 lits supplémentaires pour les huit prochaines années. Cela signifie que la flotte va dépasser les 400 navires au milieu de la prochaine décennie. Au niveau des projets de nouvelle construction, le secteur constate principalement une croissance remarquable dans le segment des navires de luxe et d’expédition.

Cap sur les trois millions de passagers pour l’Allemagne

Michael Thamm (Chairman CLIA Europe & CEO Costa Group)

Sur la base des chiffres incomplets pour 2019, 30 millions de passagers ont réservé cette année une croisière au niveau mondial. Cette année, le nombre de passagers européens atteindra le cap des 7,5 millions d’unités. L’Allemagne demeure le leader du marché. Selon Karl Pojer, CEO de Hapag-Lloyd Cruises et président de CLIA Allemagne, le marché allemand a triplé en dix ans. L’an dernier, 2,2 millions d’Allemands sont partis en croisière. Karl Pojer s’attend à ce qu’ils soient trois millions à l’horizon 2021 ou 2022.

Tout comme Karl Pojer, Felix Eichhorn, CEO d’AIDA Cruises, perçoit encore un potentiel considérable pour l’industrie croisiériste. “En Allemagne, on note chaque année 70 millions de vacances de cinq jours et plus. Seuls deux millions de vacanciers optent pour une croisière.” Et Wybcke Meier, CEO de TUI Cruises, d’ajouter qu’un sondage a mis en lumière que 34% des Allemands envisagent une croisière. En même temps, 8% seulement reconnaissent être déjà partis en croisière.

Gianni Onorato, CEO de MSC Croisières, a lui aussi exprimé son enthousiasme lors du salon. “L’Europe présente encore de belles perspectives pour les croisières maritimes, en dépit des défis liés, entre autres, aux incertitudes autour du Brexit. Un des défis majeurs pour les prochaines années consistera à trouver et à développer de nouvelles destinations. La création de nouvelles destinations apporte en outre une réponse au surtourisme dans un certain nombre de ports existants.”

Communication et transparence

Mary Bond (modératrice Seatrade Cruise), Gianni Onorato (CEO de MSC Croisières), Wybcke Meier (CEO de TUI Cruises), Michael McCarthy (Chairman Cruise Europe), Karl J. Pojer (CEO de Hapag-Lloyd Cruises), Felix Eichhorn (CEO de AIDA Cruises) et Gavin Smith (Senior VP International de Royal Caribbean Cruises). © Hamburg Messe und Congress/Alex Wöckener

En dépit de son succès, le secteur croisiériste ne doit pas se voiler la face au sujet de ce qui se trame au sein de la société. L’environnement et la durabilité occupent de plus en plus souvent le devant de la scène, selon Gianni Onorato. “Alors que, lors des réunions, toute l’attention était autrefois focalisée sur les navires et leurs impressionnants équipements, les armateurs doivent à présent consacrer un tiers de leur temps à l’environnement et au climat.” Pour Michael Thamm, la création d’une valeur ajoutée, l’innovation responsable et le tourisme durable constituent les principales priorités du secteur. Et ce dernier d’exhorter les compagnies individuelles et la CLIA à utiliser les ports en tant qu’ambassadeurs de l’industrie croisiériste et en tant qu’interface entre les compagnies et les acteurs locaux sur le plan de la durabilité.

Michael McCarthy, président de Cruise Europe: “Pour ce faire, les ports ont bel et bien besoin d’instruments pour pouvoir répondre aux questions qui leur parviennent, entre autres en ce qui concerne la crainte du surtourisme et des émissions des navires dans l’air et dans la mer.” Les quelque 100 ports affiliés à Cruise Europe sont le premier point de contact pour de nombreuses organisations et les médias. Ils doivent dès lors recevoir des informations concrètes des compagnies au sujet des efforts environnementaux, de façon à mieux pouvoir communiquer. Gavin Smith, SVP International de Royal Caribbean Cruises: “L’industrie croisiériste est active sur bien des plans pour aborder les problématiques de durabilité et réduire son empreinte écologique. Le secteur a une histoire sensationnelle à raconter. C’est à nous qu’incombe la tâche de la véhiculer.”

Une meilleure communication et une plus grande transparence sur les efforts environnementaux étaient deux des thématiques récurrentes lors du congrès Seatrade. Même si les compagnies croisiéristes et les ports, partout dans le monde, travaillent sans relâche à une stratégie respectueuse de l’environnement, le grand public n’en est que peu informé. Cela joue en faveur des groupes d’action qui se font un plaisir de désigner les croisières comme source de tous les maux. Michael Thamm: “L’image que se fait le public de l’industrie croisiériste n’est pas le reflet de la réalité.”

En d’autres termes, cette industrie est en proie à un problème de perception, imputable en partie à sa grande visibilité. Voilà pourquoi une plus grande transparence et un meilleur dialogue avec toutes les parties s’imposent, des politiciens aux acteurs locaux en passant par les groupes d’action. Travel Magazine reviendra en long et en large sur cette thématique dans le dossier croisières du TM 435 à paraître le 18 octobre.

 

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