Edito

Le ciel se rétrécit

De nos jours, le monde voyagiste fait partie intégrante de développements géopolitiques internationaux, qu’on le veuille ou non. Le service client, les connaissances poussées et la maîtrise des outils technologiques sont plus que jamais des ingrédients indissociables de tout processus d’achat ou de vente du professionnel du voyage quel qu’il soit, mais personne n’échappe encore aux ragots des réseaux sociaux face à toute sorte d’évolutions politiques.

Prenez par exemple le Brexit et ses conséquences sur de nombreux modes de transport – le train, l’autocar, l’avion – depuis et vers le Royaume-Uni à partir d’avril 2019. Sans oublier bien sûr les milliers d’emplois perdus, les contrôles douaniers des touristes, les embouteillages monstrueux (surtout sur l’A20 en direction de Douvres), les stops Eurostar et bien entendu les nombreux ponts aériens entre l’UE et le Royaume-Uni.

Tandis que trois consommateurs britanniques sur quatre voyagent en Europe chaque année, 40% des Britanniques pensent que le Brexit – surtout en cas de no-deal – aura un impact négatif sur leurs projets de vacances. Et ce, dans un contexte où 30% des vacanciers britanniques (le deuxième marché émetteur d’Europe après l’Allemagne) réservent au moins six mois à l’avance. De là que les observateurs du monde touristique ont annoncé que le mois de janvier à venir serait crucial. Bien qu’il ne faille pas céder à la panique spéculative – qui se souvient du scénario catastrophe du bug de l’An 2000 il y a 18 ans et de ses conséquences dans les faits? – l’incertitude atteint des sommets en cette fin d’année.

Les débats de demain porteront sur les droits de circulation pour les compagnies aériennes, les structures de propriété, etc. Les voyageurs britanniques forment actuellement 12% du total du trafic de passagers des aéroports de l’Europe des 27 selon l’ACI. Inversement, les passagers de cette même Europe des 27 représentent 57,5% du total des passagers des aéroports britanniques. En tant que deuxième plus grande compagnie low cost d’Europe, easyJet possède déjà depuis 2017 une AOC autrichienne (autorisation de vol) sous laquelle elle a déjà fait immatriculer pas moins de 180 appareils. Le numéro 1 en Europe, Ryanair, est toujours britannique pour 54% de son actionnariat. Si le Brexit se concrétise, ce pourcentage devrait passer à 49%. Les grands groupes touristiques européens que sont TUI et Thomas Cook, avec leurs nombreuses compagnies aériennes, devront aussi s’adapter à la réglementation en vigueur.

Peu importe la forme que prendra le Brexit, tout ce qui concerne les compagnies aériennes en particulier devra à nouveau être négocié, car l’espace aérien lui aussi connaît indéniablement ses limites dans ces deux marchés européens libéralisés!