Edito

Des croisières vertes

Il n’y a donc pas que le secteur aérien belge qui connaisse des turbulences. Citons les nouvelles coupes dans les dépenses de Lufthansa frappant le groupe low cost Eurowings – dont Brussels Airlines ne fait entre- temps plus partie – lequel (alors qu’on ne s’y attendait guère) est à nouveau déficitaire. Le malaise des aiguilleurs du ciel belges se traduit le cas échéant par de fréquentes périodes de grève avec, pour couronner le tout, l’inquiétude que soulève l’instauration d’une taxe européenne sur le kérosène par laquelle on voudrait réduire la pollution et les émissions de CO2 produites par la navigation aérienne.

Comment ne pas s’étonner de ce courant qui gronde dans toute sa perniciosité tant politique que médiatique et où on cherche par quelques chiffres piquants à jeter l’opprobre sur l’ensemble de l’industrie touristique internationale et du voyage telle que nous la connaissons aujourd’hui? Partant de ‘la honte de prendre l’avion’ en passant par le surtourisme que connaissent certains centres urbains en vogue (Amsterdam, Barcelone, Venise, etc.) jusqu’aux plus récentes actions de protestation dirigées contre le secteur des croisières, rien n’y manque!

Des commentaires de tout acabit, des pétitions adressées à l’encontre des navires de croisière et de la construction d’un nouveau terminal tel que prévu, par exemple, à Anvers… Tout se ligue, le plus souvent de manière unilatérale, contre une forme prétendue ‘élitiste’ de tourisme. En outre, cette campagne médiatique de diffamation n’est nullement contrée par un contre- argumentaire fondé sur une réelle connaissance de cause.

Comme nous l’avons indiqué dans notre dossier Croisières du 21 juin, de nouvelles règles sur les émissions de soufre entreront en vigueur dès le 1 er janvier 2020 pour toute l’industrie des croisières dans le monde entier.

L’Organisation maritime internationale (OMI) fera ainsi passer dans une demi-année le taux de soufre autorisé de 3,5 à 0,5%. Les près de 20 bâtiments de croisière utilisant le gaz naturel liquéfié qui sont actuellement en commande ou en construction satisferont à cette norme OMI. Les nouvelles législations environnementales contraindront les armateurs de croisières à se mettre toujours plus au vert dans les années à venir. La Norvège, tête de file européenne en matière de durabilité, poussera les choses encore plus loin en appliquant systématiquement à partir de cet été des directives encore plus sévères pour aboutir à une zone zéro émission absolue pour qui naviguera dans les fjords historiques.

Alors que ces attaques unilatéralement assénées à l’industrie du voyage dament le pion à l’intérêt économique du tourisme, au détriment d’un grand nombre d’économies plutôt faibles ou fragiles sur différents continents (songeons aux conséquences de l’attaque terroriste de Pâques au Sri Lanka qui entraîna non seulement l’effondrement du marché voyagiste tel un château de cartes, mais également du pays qui, par manque de devises entrantes, a frôlé la déstabilisation à court terme) le fer de lance du tourisme mondial – le transport aérien – demeure aujourd’hui plus que jamais sous pression: taxes aéroportuaires, prix du kérosène, consolidations, absence d’un ciel unique européen (SES), nouveaux critères et règles IATA, qui risquent avant tout de modifier profondément les formes de distribution. Les connexions NDC et Direct Connect obligent diverses parties – du GDS jusqu’aux lignes aériennes et plateformes d’agrégateurs – ainsi que la revente à se repositionner. A suivre donc plus que jamais de près!

PS: retrouvez toutes les informations nécessaires sur l’avènement des navires de croisière verts dans notre TM 430, en pages 16 à 19.