Edito

Facturation directe, les dés sont-ils jetés?

Combien n’a-t-on pas spéculé et publié ces dernières années sur les opportunités d’une part, mais aussi les périls d’autre part de cette multitude d’applications des nouvelles technologies de tout acabit. La gestion de données et, à la clé, l’omniprésente menace qui pèse sur notre vie privée par le biais d’algorithmes – les uns plus sophistiqués que les autres – sont devenues monnaie courante dans ce secteur de services qui est le nôtre et poussent de nombreux acteurs à conclure que seuls les groupes les plus prépondérants ou les mieux intégrés feront demain la pluie et le beau temps. La peur de l’inconnu et de la nouveauté n’ont-elles pas été de tout temps les pires conseillères face à une évolution inéluctablement permanente? Conséquemment à deux décennies de digitalisation, de nombreux modèles d’entreprise ont changé du tout au tout. Prenons l’exemple des concessionnaires automobiles. Quelle valeur ajoutée pourront-ils encore faire valoir demain sachant – comme nous le confient les connaisseurs – que les derniers modèles seront proposés à l’achat dans les chaînes de supermarchés? Parmi ceux qui brouillent les cartes, on dénombre maints défenseurs de la ligne directe axée sur le client – appelée aujourd’hui plateforme, comme celle d’Airbnb qui conjugue l’offre et la demande. Netflix s’ouvre dès à présent à la numérisation complète alors que la Patagonie opte pour l’économie circulaire et qu’un Apple opère un subtil glissement du produit vers le service. Depuis combien d’années n’entend-on pas gémir dans les cénacles que compte le tourisme européen que la facturation directe (‘direct billing’) entre clients et producteurs signera l’arrêt de mort de tout intermédiaire et supprimera la raison d’être du conseiller-voyages même le plus assertif? Argument a contrario: face à cette façon de faire – qui ne pourra qu’être appliquée chez nous demain et finira, qu’on le veuille ou non, par mettre toute l’industrie du voyage sens dessus dessous – on peut encore se demander pourquoi ce modèle d’entreprise ne fut pas déjà mis en œuvre au long des années écoulées?

En d’autres termes, cette nouvelle technologie big data – vu cette hyper évolution du smartphone à l’outil de paiement telle qu’inspirée de la domotique – ne pourra qu’aboutir à la mise en place de systèmes et d’applications dont nous n’avons aujourd’hui pas la moindre idée.

Une forme maîtrisée des structures capitalistes s’imposera d’ici quelques décennies (vers 2050) s’il faut nourrir une population mondiale de l’ordre de dix milliards sur une planète à laquelle manqueront bientôt les ressources classiques pour infléchir un système jusqu’à ce jour cohérent. Ce qui explique pourquoi l’alimentation planétaire sera demain constituée de nouveaux bio-éléments et de substituts alimentaires tels que la viande artificielle, les algues et autres insectes.

La néo-agriculture et alimentation bouleverseront toute l’organisation sociale de notre planète. Cette révolution alimentaire qui modifiera notre façon de manger et de boire (même les cépages vieux de plus de 35 ans seront cultivés dans une approche différente), directement liée à la ressource la plus importante pour notre avenir (l’eau), bouleversera aussi automatiquement notre future façon de voyager sans émission de CO2 (ou le moins possible). Si la technologie sera numérique ou ne sera pas, le facteur humain continuera quoi qu’il en soit à jouer son rôle primordial. Nous ne serons plus les seuls à être connectés – même pendant nos heures de service – notre frigo le sera aussi. Qui sera donc demain le maître de notre garde-manger? Notre compagnie d’assurance (ou notre courtier), en prise directe avec l’ensemble de nos données pour aller jusqu’à nous dicter les habitudes alimentaires à prendre là aussi en fonction de nos données personnelles, génétiques ou familiales. Ces analyses relègueront demain les ‘hot issues’ actuelles de préservation de la vie privée tout comme les craintes que nous inspirent la facturation directe, la NDC, les transactions sans papier, le cash-flow, les problématiques sociétales, le surtourisme l’Internet, au rang d’anecdote. Ce discours bien ordonnancé transcendera la vente d’un simple produit pour en faire, avant tout, l’occasion de vivre une expérience de vie: un nouvel adage, la carte à jouer dans le jeu de la consommation touristique.