Edito

Agent de voyages: métier en pénurie

Toute l’industrie du voyage oscille – et à plus forte raison en ces temps incertains – sur deux jambes inégales entre un tsunami numérique d’une part et d’autre part tout le dispositif de la vente classique. TUI peut clamer à qui veut l’entendre sa nette volonté de devenir ‘une entreprise de premier plan au niveau digital’* avec une croissance annuelle en ligne de l’ordre de 20%, cela n’empêche qu’elle ne décrochera pas – en tout cas dans son pays d’origine, le principal marché voyagiste d’Europe – de son réseau de distribution classique lequel, au demeurant, compte non moins de 12.000 agences. Il en est de même chez nous, où force est de constater que nonobstant ce que scandent les gourous autoproclamés du marketing et leurs acolytes ‘chiffriers’, l’agence de voyages physique est loin de battre de l’aile puisque, au contraire, dans la jungle des offres technologiquement sophistiquées à grand renfort d’OTA, d’applis, de moteurs de recherche et tutti quanti, le consommateur informé demeure plus que jamais en quête d’un conseiller de voyage aguerri, assertif, instruit et bien formé.

Le problème aujourd’hui est que, dans notre secteur, le métier d’agent/conseiller consultant/architecte de voyages – quelle que soit l’appellation qu’on veut lui donner – devient toujours plus une fonction en pénurie. La passion et l’enthousiasme sont loin de faire défaut chez nos millennials. Les utilisateurs de réseaux sociaux – qu’il s’agisse de l’incontournable Facebook ou des plus récentes versions de WhatsApp et WeChat – ont beau être devenus maîtres dans l’art de gérer leur clavier numérique, mais le passage profitable de la demande d’information à la réservation – attendu par toutes les parties concernées – ne peut se concevoir sans le support actif d’un conseiller de voyages bien armé.

Malheureusement, la rémunération appropriée pour un savoir-faire chaque jour mis à l’épreuve et l’expertise accumulée demeure le plus souvent sur la touche du fait que l’industrie du voyage – fût-elle un des principaux prestataires de l’économie mondiale – ne se départit pas du mirage ‘discount’ où les ristournes l’emportent sur le prix correct, avec sa valeur ajoutée tant pour le producteur que pour le revendeur et, en fin de compte, pour un consommateur toujours prêt à payer le juste prix pour un produit concocté avec soin.

C’est donc un changement de mentalité qui s’impose ici, sans oublier toutefois la logique qui veut qu’à tous les niveaux économiques de notre secteur comme des autres, un tourisme de croissance durable ne peut s’envisager que s’il est assorti d’une rentabilité assurée!

*En tenant compte du fait qu’une ‘entreprise leader’, quel que soit le secteur, ne pourra jamais demeurer un succès si la matrice centralisée n’est pas parfaitement étayée par des entités régionales ou locales.