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Despacito – slow travel à Porto Rico

Vous avez l’eau à la bouche rien qu’à lire le titre de cet article? Désolé, mais Daddy Yankee et Luis Fonsi, les artistes à l’origine de ce hit planétaire, viennent tous les deux de Porto Rico. Despacito signifie ‘lentement’; nous allons donc prendre notre temps pour découvrir cette île accueillante à notre rythme…

Là ou la salsa se mêle au fast food

Alors que sa voisine dominicaine accueille depuis des années les touristes belges, Porto Rico semble avoir été oublié par ces derniers. Ce territoire américain – dont le statut est encore flou étant donné qu’il n’est toujours pas considéré comme le 51e Etat des Etats-Unis – regorge pourtant d’atouts pour séduire vos clients. Ici, l’ambiance des Caraïbes se mêle au capitalisme américain, et les notes de salsa à la musique du McDonald. A première vue, les Portoricains se présentent comme de vrais latinos, avec un rythme de vie au ralenti et une joie de vivre inégalable. Pourtant, ils sont en grande partie empreints de la culture nord-américaine. Ils ne font plus qu’un avec leur voiture et passent avec plaisir leurs dimanches au centre commercial et dans les ‘food courts’ y attenant.

Il y a de fortes chances que vos clients fassent partie du million de passagers croisiéristes qui rejoignent l’île par bateau. Très populaire, le terminal de croisières de San Juan, la capitale de l’île, est d’ailleurs le point de départ de nombreuses croisières dans les Caraïbes. Les possibilités de relier San Juan ne manquent pas non plus, même s’il n’existe pas (encore) de vols directs depuis la Belgique ou le Luxembourg. Nous avons retrouvé un vol via Madrid avec Air Europa.

Un peu d’histoire

La découverte de Porto Rico remonte à 1492 et la deuxième expédition de Christophe Colomb, qui a revendiqué le territoire en tant que colonie espagnole. Porto Rico (littéralement le ‘port riche’) s’est vite imposé comme une porte d’entrée stratégique vers le Nouveau Monde. Les alizés poussaient les navires partis d’Espagne et des îles du Cap-Vert en direction de ce premier arrêt où se ravitailler en eau fraîche, en matériaux pour réparer le navire et en richesses des colonies.

Pendant les 400 ans de domination espagnole, San Juan s’est armé pour repousser les invasions des autres puissances européennes. Le centre-ville colonial, les hauts remparts et les deux gigantesques forts (San Felipe del Morro et San Cristobal) sont extrêmement bien conservés. Le contrôle espagnol sur Porto Rico a pris fin en 1898, quand les Etats-Unis ont lancé un assaut sur San Juan. Après la capitulation espagnole, Porto Rico a donc été cédé aux USA. Les deux langues officielles sont aujourd’hui l’anglais et l’espagnol, et on paye sur place en dollars.

Les rues colorées de San Juan

San Juan, ville coloniale et colorée

Les plus grandes chaînes hôtelières (américaines) disposent d’implantations près de Condado, au nord de San Juan, où les vacances all-in sont reines. Pour un aspect un peu plus culturel, il vaut mieux se tourner vers les charmants hôtels-boutique du vieux San Juan. Nous avons décidé de séjourner au Decanter Hotel, entre les nombreuses façades hautes en couleur du centre-ville. L’architecture coloniale espagnole et la cathédrale San Juan Bautista dominent les ruelles entremêlées de cette charmante petite ville. Chaque week-end, un festival de cerfs-volants semble s’emparer de la pelouse devant le fort El Morro, tandis que les jours fériés, les habitants de la ville partent avec leur barbecue et leur musique caribéenne sous le bras pour passer un bon moment en famille à la plage. San Juan a d’ailleurs été reprise par le Lonely Planet comme une des dix villes à visiter en 2018.

De l’autre côté de la baie de San Juan se trouve la plus grande distillerie des Caraïbes. Elle appartient à Bacardi, le plus grand producteur de rhum au monde. Cette entreprise trouve ses origines à Cuba, mais la majorité du rhum Bacardi est produite ici. Lors d’une visite, vos clients peuvent choisir entre une présentation historique, un circuit dégustation de rhum ou le mixology tour. Tout le monde reçoit évidemment un cocktail signature, inclus dans le prix.

La visite de San Juan vous occupera bien deux jours. Pour visiter le reste de l’île, une voiture de location s’impose. Etant aux Etats-Unis, vous recevrez probablement une automatique, plutôt pratique dans l’intérieur vallonné du pays. Nous avons d’abord mis le cap vers l’Ouest en vue de découvrir les petites îles alentour, Vieques ou Culebra.

 

Hotel Decanter

Castillo San Felipo el Morro

La Mina Falls

El Yunque, l’unique forêt tropicale des Caraïbes

Il fait toujours chaud à Porto Rico. Le mercure descend rarement sous la barre des 25°C. A l’intérieur des terres, dans les montagnes de Luquillo, quelque part à l’est de la capitale, les nuages se cognent contre les sommets, et les pluies tombent en abondance. Résultat: une splendide forêt tropicale, El Yunque. Au cœur de ce biotope caché entre les feuillages, les lianes et les bambous, on retrouve 240 sortes d’arbres, 150 espèces de fougères et quelques variétés rares et endémiques de mini-orchidées et de lys. On croise moins d’espèces animales, mais avec un peu de chance, vous croiserez le perroquet portoricain ou le coqui, une grenouille de la taille d’un pouce qui a reçu son nom du cri perçant qu’elle pousse à tue-tête. Avec les températures tropicales qui règnent ici, plonger dans une des nombreuses cascades de la forêt est un vrai plaisir, comme à La Mina Falls ou Juan Diego Falls.

Bioluminesce aquatique

Porto Rico est un des rares endroits de la planète où il est possible d’admirer des baies bioluminescentes, des lagunes d’eau chaude où vivent des dinoflagellés, une espèce de planctons maritimes. Il s’agit d’organismes qui émettent une lumière bleutée quand ils se heurtent à un obstacle. Si vous plongez votre main dans l’eau, le mouvement s’apparente à la queue d’une comète, tandis que si vous aspergez vos bras d’eau, des dizaines de petits points lumineux scintilleront sur votre peau! Trois des cinq baies bioluminescentes au monde se trouvent à Porto Rico, et Mosquito Bay à Vieques est sans aucun doute la plus belle. Pour vous rendre à Vieques, laissez votre voiture à Fajardo et louez un scooter, une jeep ou un caddie de golf sur l’île. Les plages paradisiaques, les chevaux sauvages et les baies illuminées valent vraiment le détour! Pour empêcher la pollution de la baie, il est interdit de s’y baigner ou d’y utiliser des sprays antimoustiques chimiques. Les kayaks de JAK Water Sports sont même équipés de fonds en verre pour laisser aux visiteurs tout le loisir d’observer le spectacle qui se déroule autour d’eux. Attention: si vos clients souhaitent réserver un ‘bio bay tour’, prenez en compte la période lunaire. Moins la lumière de la lune est forte, plus impressionnante sera la bioluminescence!

Villes du sud et diversité

Nous poursuivons notre voyage le long de la côte sud-est de l’île jusqu’à arriver dans la deuxième plus grande ville de l’île, Ponce. L’hôtel semble nous être destiné: Hotel Bélgica. Son nom réfère à l’architecte belge qui a conçu l’hôtel en 1872 d’après l’inspiration néoclassique de l’époque. En plein cœur du centre historique, l’hôtel se situe à quelques secondes à peine de l’originale caserne de pompiers Parque de Bombas. Ses lignes horizontales rouges et noires et ses dessins d’inspiration arabe attirent les regards. On peut non plus manquer le Puente de los Leones, représentant un jeune lion et un plus âgé à l’image de la population de la ville, le Museo Castillo Serrallés et ses splendides jardins de même que la Cruceta del Vigía et le front de mer au sud de la ville.

A l’ouest de Ponce, vous trouverez Yauco, la ville du café, appelée ainsi d’après la principale industrie active au XXe siècle. Mais Yauco est loin d’être une ville fantôme aujourd’hui, et ses habitants prendront volontiers une ‘pause-café’ avec les voyageurs de passage s’arrêtant sur la place principale.

Paysages verts, forêt tropicale, baie bleu-vert, plages de sable blanc (et parfois noir!), il est clair que Porto Rico jouit d’une diversité naturelle relativement large. Pourtant, à l’approche du sud-ouest de l’île, le tout se transforme en un paysage aride de cactus, de rapaces et de steppes. A Cabo Rojo – une région qui doit son nom à la couleur des déserts de sel et celle, rougeâtre, des falaises de la côte – nous faisons halte au parador Combate Beach. La majorité des paradors de Porto Rico travaillent sous un dénominateur commun, sans qu’on ne puisse pour autant les comparer aux hôtels installés dans des bâtiments historiques qu’on retrouve en Espagne par exemple. Attendez-vous plutôt à des logements au-dessus de la moyenne en dehors de San Juan, proposant une riche offre de services supplémentaires, comme des sports aquatiques, des excursions et l’accès à des plages privées. A ne pas manquer dans cette partie de l’île: une visite du phare surplombant la falaise et une promenade à cheval, à vélo ou même en jet-ski le long des plages.

   

Crapahuter dans les grottes d’Utuado

Aventure et détente

Le ‘slow travel’ est un état d’esprit qui rejette la vision traditionnelle du tourisme et encourage à s’imprégner de l’environnement et des communautés locales, tout en restant ouvert aux nouvelles expériences. Ça ne veut pas non plus dire qu’il faut tout faire comme un escargot, et heureusement! Car ce pays sauvage dispose de nombreux atouts qui parleront aux plus aventuriers. Luquillo au nord-est et Rincón à l’Ouest sont des exemples d’endroits où la culture surf et hippie est fort présente et où les vagues viennent se briser sur les côtes de l’île. A Rincón, nous avons logé au Tropical Treehouse dans une hutte de l’artiste américain Jo Scheer, d’où nous avons été bercés par les cris des coquis, des oiseaux et le bruit de la pluie. Dans le village de Lares, nous avons contacté Tanama Tours de Robert Manilla, un aventurier de première classe, pour nous promener dans la brousse et crapahuter dans les grottes autour d’Utuado. Robert a une manière particulière de parler de ‘ce tour extrême qui ne convient pas à tout le monde’ d’un ton qu’il espère alarmant. Si vous survivez à l’excursion, vous profiterez d’un repas local.

Dans les montagnes de l’intérieur du pays, vous aurez peut-être l’occasion d’assister à un combat de coqs. Sport illégal dans le reste des Etats-Unis, on voit ici les villageois chouchouter leurs bêtes jusqu’à les lancer dans la bataille. Le coq perdant se verra offrir un dernier honneur en se retrouvant dans les assiettes…

Le plus longues au monde

Au nord de l’île, vous trouverez deux attractions exceptionnelles. La première a été reconnue par le Guinness Book des records comme la tyrolienne la plus longue au monde. Dans le Toro Verde Nature Adventure Park de Orocovis, à une grosse heure de route de San Juan, se trouve El Monstruo, une autre tyrolienne de 2,5 kilomètres qui survole trois communes et qui permet d’atteindre jusqu’à 130km/h. On croirait voler!

Le radiotélescope d’Arecibo, le deuxième plus grand au monde, est une autre attraction de taille. Il permet de découvrir et suivre les astéroïdes et les exoplanètes, mais aussi d’envoyer des fréquences radio et des messages audio dans l’espace qui pourraient être interceptés par des extraterrestres… Il y a fort à parier que vous ayez déjà vu ce radiotélescope dans une passionnante scène de combat avec James Bond dans le film Golden Eye.

Situation actuelle?

Porto Rico a beaucoup souffert du passage de l’ouragan Maria à la fin de l’été, et l’île doit depuis lors faire face à des problèmes d’électricité. A l’heure actuelle, on déconseille les voyages sur l’île avant mai 2018. Travel Magazine s’est enquis de la situation sur place et vous donne un état des lieux.

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