Analyses

Troisième Cambodia Travel Mart

La troisième édition du Cambodia Travel Mart s’est tenue à Phnom Penh deux ans après une première édition à Siem Reap et une deuxième édition un peu moins réussie à Phnom Penh l’année dernière. Heureusement, l’édition de cette année a pu compter sur une offre et un intérêt plus large, notamment grâce à la participation d’une série d’offices de tourisme et de fournisseurs étrangers comme la Corée, le Japon, l’Inde, la Malaisie, le Vietnam, la Thaïlande et les Philippines. Rien n’indique la tenue certaine d’une quatrième édition l’année prochaine. En janvier 2021, ce sera d’ailleurs au tour du Cambodge d’organiser l’ASEAN Tourism Forum, et deux événements de ce type en l’espace de quelques mois seraient peut-être trop lourds pour le pays. Mais le co-organisateur SlickBooth rêve déjà d’un nouveau CTM fin 2021.

En marge de ce CTM, il était également possible d’assister à une série de présentations, comme celle de l’office de tourisme national et de la ville vietnamienne de Danang ainsi qu’une conférence de Mekong Tourism.

Par Gilbert Roels, senior reporter Travel Magazine

Trop de Chinois, pas assez d’Occidentaux

D’après certaines sources, les Chinois représenteraient actuellement 60% des arrivées touristiques au Cambodge. Des chiffres dont nous n’avons pas pu avoir de confirmation officielle. Mais ceux qui séjournent dans de grands hôtels comme NagaWorld à Phnom Penh ou le Sokha à Siem Reap confirmeront ces dires. Les Chinois y représentent 80% des clients. Ils sont attirés par les casinos de Phnom Penh et l’offre touristique de Siem Reap. Même la station balnéaire de Sihanoukville est prise d’assaut par les Chinois qui passeront au moins par un des 88 casinos de la province. Le Vietnam est le deuxième marché émetteur pour le Cambodge. Fin août 2019, 1,7 million de Chinois avaient visité le Cambodge, suivis par 560.000 Vietnamiens, 230.000 Thaïlandais et autant de Laotiens, 170.000 Coréens, 165.000 Américains, 77.000 Japonais, 71.000 Français (le plus important groupe d’Occidentaux) et 65.000 Britanniques.

En 2018, 6,2 millions d’étrangers avaient visité le Cambodge. Le ministre du Tourisme Dr Thong Khon espère atteindre les 6,7 millions cette année. La première moitié de l’année a en tout cas déjà enregistré une croissance de 11%. En revanche, le nombre d’arrivées européennes a, lui, diminué de 5,6%, le nombre d’Australiens de 7,7% et le nombre d’Américains de près de 1%. Une tendance dont se soucient bon nombre d’incoming operators. En réalité, nombreux sont les Occidentaux effrayés par cette invasion chinoise. Et ils n’ont pas tort. Une partie de ces visiteurs de casinos ne respectent par exemple pas l’interdiction de fumer dans les hôtels et fument même à table ou dans la salle de déjeuner.

Destinations alternatives

Les DMC qui ne veulent pas perdre de vue le marché occidental, très lucratif, doivent trouver des alternatives. Ce n’est donc pas un hasard si une dizaine de provinces étaient présentes au CTM avec leur propre stand afin de promouvoir leur destination et leurs produits. Ecotourisme, tourisme durable et nature authentique étaient ici les fils rouges. Des provinces comme Stung Treng, Ratanakiri, Mondulkiri et Kratje ont mis en avant leur écotourisme. L’accent était mis sur l’expérience des dauphins Irrawaddy du Mékong, les séjours dans des populations locales dans les îles du Mékong et à Kampong Speu et des circuits dans des provinces reculées comme Ratanakiri et Stung Treng. D’après Jens Thraenhart, directeur de l’ASBL Mekong Tourism Coordinating Office, le Cambodge a encore pas mal de petites perles authentiques à offrir.

Urban Tales Phnom Penh

Certains DMC partent en quête d’activités alternatives, comme All Dreams Cambodia et son projet Urban Trails. Leang Mey Samir (Urban Tales & Team Building Coordinator): “Urban Tales est une sorte de visite de ville alternative. Les visiteurs qui souhaitent découvrir Phnom Penh de manière alternative, ludique et plaisante peuvent le faire grâce à notre programme depuis janvier 2019. La visite peut se faire en français ou en anglais et dure une demi-journée. Elle vous permet de visiter huit endroits où vous n’iriez pas spécialement de vous-même. Il s’agit de monuments oubliés ou peu connus, de temples séculaires, de venelles cachées, etc. Et ce, en marchant dans les pas d’un explorateur débarqué au Cambodge en 1881.”

Plus d’infos sur http://urban-tales.com/fr/phnom-penh/

Agrandissement des aéroports

La croissance du tourisme va automatiquement de pair avec un nombre croissant de vols, dont ceux de la compagnie Cambodia Angkor Air. L’agrandissement de certains aéroports se fait donc de plus en plus urgent. Le Cambodge comptait auparavant 15 aéroports, mais après l’occupation japonaise et le régime des Khmers rouges, seuls ceux de Phnom Penh, Siem Reap et Sihanoukville ont subsisté. D’ici 2022, l’aéroport de la capitale accueillera 17 nouveaux vols de ligne. Et le nombre de visiteurs au Cambodge devrait doubler d’ici 2034 selon les pronostics. L’exploitation des aéroports est actuellement aux mains de l’entreprise française Vinci, mais la concession de ce partenariat public-privé touche à sa fin et les vautours sont nombreux. On parle notamment d’un nouvel aéroport pour la capitale, deux fois plus grand que l’actuel, réalisé en collaboration avec la Chine. Bangkok Airways souhaite améliorer l’actuel aéroport domestique de Koh Kong à deux pas duquel un groupe basé en Chine souhaite ouvrir le nouveau Dara Sakor International Airport d’ici 2025. Siem Reap prévoit 19 nouveaux vols réguliers, et Sihanoukville 10. Quatre nouveaux aéroports sont prévus à côté des trois existants. La question reste de savoir comment le pays va suivre ces développements aériens au niveau de son infrastructure routière, car Phnom Penh est aujourd’hui, comme d’autres métropoles asiatiques, un nœud routier aux embouteillages interminables.

 

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