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Décès d’un pionnier de l’industrie voyagiste belge

C’est avec une grande tristesse que nous avons appris cet après-midi le décès de Rudolf Vanmoerkerke, 90 ans. Né le 7 octobre 1924 à Ostende, Rudolf est décédé jeudi dernier à l’étranger. Ce pionnier de l’industrie touristique belge inventa pratiquement le tourisme national et démocratisa largement le tourisme organisé dans notre plat pays aux côtés d’autres grands noms tels que Bob De Meutter, Christophe Wirtz et Gérard Brackx.

D’autocariste à tour-opérateur

La success story de Rudolf Vanmoerkerke (Mister V) débuta en 1953 avec la création de la West Belgium Coach Company, une entreprise autocariste qui organisait principalement des voyages pour les clients britanniques sur le continent. Au début, Vanmoerkerke ne possédait pas de car lui-même, mais en louait auprès d’exploitants de la région. Il payait 10 francs au kilomètre et les relouait pour 11 francs au kilomètre. Après avoir racheté plusieurs autocaristes, il développa sa propre flotte.

Lorsque la formule des vacances charters fit son apparition dans les années 60, il se montra directement intéressé. Ses tentatives de rapprochement avec Airtour, numéro un à l’époque, restèrent infructueuses, car les francophones ne voyaient pas d’un bon œil l’essor de l’industrie voyagiste flamande. En 1968, il racheta le T.O. en déclin Sunair et commença à proposer des voyages en avion. En 1974, il regroupa toutes ses activités voyagistes au sein de Sun International, qui s’imposa en un rien de temps comme le leader de l’industrie touristique belge, position qu’il conserva durant près de 40 ans. En 1976, il lança sa propre compagnie aérienne, Air Belgium pour concurrencer TEA (de G. Gutelman) de son concurrent Sunsnacks. En 1984, la société fit son entrée en bourse. 3 ans plus tard, le premier des 4 Sunparks ouvrit ses portes à Oostduinkerke (suivi plus tard par Le Coq, Mol et Vielsalm). Des difficultés financières – les voyages organisés étaient alors particulièrement bon marché alors que les frais opérationnels atteignaient des sommets – et le retrait du groupe allemand ITS/Kaufhof du capital de l’entreprise à un moment où Sun International rêvait de se hisser au rang des plus grands T.O. européens, ont mené à la vente d’Air Belgium en 1997 à Sobelair et de Sun International au groupe britannique Airtours (David Crossland). Toutefois, les activités de Sunair ont ensuite très rapidement décliné jusqu’à être interrompues le 1er novembre 2000, causant la perte de 180 emplois. Les employés ont toutefois reçu une belle indemnité du directeur commercial de l’époque, Jan Peeters. Près de la moitié ont rapidement retrouvé un emploi chez Jetair, les autres rejoignant Thomas Cook et d’autres T.O. du pays, car Sunair restait une belle référence sur leur CV. De nombreux employés ont travaillé pendant de longues années au sein du T.O., nouant ainsi un lien très spécial qu’ils maintiennent encore aujourd’hui: en effet, les fourmilles ouvrières de ce géant voyagiste (composé à 80% de femmes) se sont retrouvées sur Facebook et se réunissent régulièrement encore aujourd’hui.

“I did it my way”

Manager pur sang, Rudolf était aussi un amateur d’art (Constant Permeke, Jean Brusselmans, Fritz van den Berghe, Alexander Calder, Lynn Chadwick, etc.) qui savait apprécier les plaisirs simples de la vie, tels qu’un bon gueuleton, un bon livre, un match de basket-ball, une balade sur la plage, un concert, un petit tour sur son vélo d’intérieur, etc. Après Sunair, Rudolf Vanmoerkerke a su rester actif. “Je ne sais pas rester en place”, était son expression favorite. Ces dernières années, il dirigeait depuis son bureau à Nieuwpoort sa holding familiale, une entreprise immobilière, d’investissements et d’assurances voyages. “Je n’ai pas l’habitude de regarder en arrière”, répliquait Rudolf chaque fois qu’on lui demandait ce qui l’avait le plus touché dans son passé. Faire ses adieux à Sunair? Au basket? “Pour plusieurs raisons, c’était inévitable, mais je suis fier de ce que j’ai pu réaliser avec l’aide de nombreuses autres personnes. Pour le dire comme Frank Sinatra: ‘I did it my way’, je suis le premier à reconnaître que tout ne s’est pas déroulé parfaitement, mais je ne me plains pas. Je ne regrette rien. Dans la vie, il faut savoir tomber pour mieux se relever ensuite…”

Dans le Travel Magazine 322 du 28 septembre 2012, Rudolf Vanmoerkerke nous racontait ceci: “On peut tout acheter avec de l’argent, sauf le bonheur. J’ai perdu un fils et j’en ai visiblement déçu mon autre, Mark, car notre relation est tout sauf parfaite. D’où ma décision de vendre l’empire Vanmoerkerke et de tout partager pour pouvoir mourir en paix. Mais j’ai encore besoin d’au moins 5 ans pour réaliser ce dernier projet.”

Rudolf Vanmoerkerke sur la couverture du tout premier numéro de Travel Magazine

Qui d’autre que Rudolf Vanmoerkerke pouvions-nous interviewer pour notre première interview de couverture, dans le Travel Magazine de septembre 1992 (TM1)? En voici un extrait: “Il faut urgemment revoir la relation entre les tour-opérateurs et les agents de voyages, et ce pas seulement sur le plan financier (lisez commissions), mais aussi en ce qui concerne la loyauté. Le touriste émancipé constitue la plus grande menace pour l’industrie voyagiste.” De vraies paroles prophétiques qui, si l’on en croit Antoon Van Eeckhout dans son livre ‘De Droomverkopers’ (Les vendeurs de rêve: mémoires de l’industrie voyagiste), se sont réalisées.

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