Alors que le leitmotiv de l’édition jubilé TM 400 affichait la dynamique ‘d’hier à demain’, l’avenir de l’industrie voyagiste se trouve aujourd’hui plus que jamais mis en exergue à l’occasion de cette 25e année d’édition. On remarquera au passage que Travel Magazine – parfaitement revitalisé aujourd’hui par une génération Y jeune, dynamique et passionnée (entre 22 et 32 ans) étayée par quelques collègues féminines pleines d’expérience et supervisée par Willaert Junior – représente bien plus qu’un imprimé ou que la newsletter électronique hebdomadaire que vous avez en ce moment le plaisir de parcourir.

Renouveau 

Plusieurs plateformes rédactionnelles vous proposent aujourd’hui en tant que fidèles lecteurs pratiquement la moitié de notre flux continu de contenus – en plus de l’édition du magazine toutes les trois semaines – sur le site Web, via les Breaking News et les newsletters quotidiennes Croisières et Aviation (24h/24), les photos dans Momento, les concours, les e-learning, sans oublier, bien sûr, la TM Newsletter hebdomadaire. La nouveauté est que chez TM nous étions convaincus – avec le concours d’un certain nombre de partenaires – que notre mise en page requerrait d’urgence un nouveau ‘look & feel’, dont le résultat sera dévoilé de pair avec l’édition historique de la TM Newsletter 1000 du vendredi 17 novembre au sein d’un ensemble encore plus convivial de différentes plateformes Web.
Dans le courant de cette année jubilé, on ne pourrait passer outre la 20e édition des aussi classiques que légendaires TM Travel Awards, laquelle se déroulera comme d’habitude au Hilton Antwerp Old Town sur la Groenplaats. Cette année, les TM Travel Awards se tiendront la même semaine que le WTM London, plus exactement le vendredi 10 novembre, c’est-à-dire une semaine avant le congrès ANVR à Séville (ce qui permet parfaitement aux responsables Benelux issus des différents secteurs de répondre présents à Anvers).

Un fleuron

Nous ne nous sommes d’ailleurs pas reposés sur nos lauriers chez TM ces deux dernières années: nous avons élaboré, forts de toute notre créativité, ‘en marge’ ou si on préfère ‘à l’abri des avalanches quotidiennes de nouvelles tonitruantes’, un projet pas comme les autres qui, au cours de la première moitié du mois de décembre, sera coulé et publié dans une mise en page inédite d’un ‘magbook’ de non moins de 350 pages sur ‘l’avenir de l’industrie voyagiste en 2025’ avec pour titre provisoire: A Journey. Les nouveaux ‘barons du cloud’, à savoir ceux de l’acronyme GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), et leurs homologues chinois que sont Alibaba, Baidu et Ctrip ne deviendront-ils pas les nouveaux méga-groupes voyagistes de demain? Netflix, le très populaire portail TV à la demande, est-il le portail de divertissement et de voyages de l’avenir?

Le fil rouge n’est autre ‘l’expérience client’ dans un monde en pleine mutation regorgeant de nouveaux canaux de distribution, riche de destinations écologiques et durables, de nouvelles expériences culinaires saines, de rencontres avec d’autres biotopes et avec des personnes dans un environnement sociétal réfléchi, etc. Le but manifestement poursuivi étant ici d’aboutir à un bel équilibre entre la mise en forme textuelle et graphique.
Nous reviendrons plus en détail sur ce sujet au cours du mois de novembre. 
Il ne faut pas non plus oublier l’arrivée, dans le courant de cette 25e année, d’une nouvelle série d’interviews de ceo et de grands noms de l’industrie voyagiste européenne, à comparer avec notre série Grands Voyageurs, publiée à l’occasion de notre 20e année d’édition. La première sera la ceo de RIU Hotels & Resorts, Carmen Riu. Cette interview paraîtra dans le TM 403 du vendredi 13 octobre.

Demain

Comme nous l’avions déjà indiqué dans notre édito du TM 400 daté du 11 août, “nous évoluerons sans doute encore pendant un bon bout de temps sur un marché où les coûts de distribution pour le producteur de voyages reviendront finalement moins cher que le coût du marketing en ligne prédit – sans vouloir devenir le Saint-Nicolas de Google – qui s’avère souvent technologiquement plus onéreux, complexe et moins orienté client que d’ambitionner de manière moderne, étayée, un bel équilibre entre sa propre production de vente et de revente.”

Blockchain/Bitcoin

Pourtant, pendant ce temps-là, quelques figures de proue de l’industrie voyagiste n’ont pas manqué de demeurer alertes aux nouvelles envolées technologiques qui nous mettent au défi. Prenons par exemple le Bitcoin, le transfert d’argent numérique crypté qui permet au consommateur d’effectuer directement des transactions sans l’intervention d’un organe tiers et de passages intermédiaires (un bitcoin vaut aujourd’hui 4.230 dollars et rassemble 16 millions d’usagers (wallets) et plus de 100 millions de transactions). La technologie du Blockchain est à la base des cryptodevises telles que le Bitcoin, mais connaît bien entendu d’autres applications. Comme le mentionnait dernièrement le New York Times, “Internet a changé la face du monde au cours de ces 25 dernières années, mais Blockchain, en tant que nouvel acteur disruptif, ne manquera pas de bouleverser à son tour ce monde qui est le nôtre au cours de la prochaine décennie.”

Internet ouvre l’échange d’informations alors que Blockchain facilitera énormément le transfert de valeurs fondé sur une technologie allégée. Alors que l’accessibilité demeure identique, la précision des données sera considérablement accrue avec pour corollaires une plus grande transparence et une sécurité renforcées. Cela vaudra pour tous les secteurs, qu’il s’agisse du financier (les grandes banques du monde expérimentent actuellement la technologie blockchain et de l’argent crypté), ou des multinationales en passant par la logistique, les loisirs et les consommateurs, sans parler des applications pour le secteur public.

A l’origine, la blockchain est la structure de données technologiques sous-jacente au réseau Bitcoin. Il s’agit en fait du plus grand recueil universel numérique pour une base de données dont personne ne détient l’exclusivité. Il s’agit donc de ce qu’on entend par réseau peer-to-peer, soit une interconnexion de réseaux d’égal à égal où tous les participants se partagent la propriété. Comme l’e-mail et l’Internet, ils n’appartiennent à personne. Si nous comparons la blockchain à l’Internet, il s’avère que celle-ci permet de faire les mêmes choses avec les bases de données que ce qu’Internet permet de faire avec l’information. La différence dans cette affaire et que, grâce à la ‘confiance distribuée’, les données numériques ne pourront pas être facilement copiées (ni piratées), mais que la propriété des actifs fera l’objet d’un transfert fiable. Bitcoin est sans doute la chaîne de blocs la mieux connue en ce moment alors qu’il en existe actuellement plusieurs, toutes avec une série de caractéristiques inédites telles que Ethereum, IOTA, NEM, Ripple, etc. C’est la raison pour laquelle la blockchain s’apprête à jouer un rôle prépondérant dans l’Internet des Objets (IdO), qui veut que le monde virtuel de l’Internet se confonde avec le monde physique en opérant la liaison entre ce monde et l’Internet. C’est la raison pour laquelle les entreprises telles que IBM ou Microsoft examinent de quelle manière elles pourraient utiliser la blockchain pour le développement ultérieur de l’Internet des Objets.

Quid de l’industrie voyagiste?

Il n’y a pas que les géants tels que TUI qui en tiennent compte, des compagnies aériennes et des fournisseurs de technologie comme Amadeus s’évertuent fiévreusement à implémenter toutes sortes de bases de données dans une technologie blockchain virtuelle.
Fritz Joussen, ceo du groupe TUI, avançait dans un discours-clé prononcé fin août à Londres que “la technologie blockchain dominerait le monde B2B dans les cinq à dix années à venir, alors que – sous l’emprise des conséquences numériques de l’Internet – le comportement du consommateur changera du tout au tout.” Dans cette perspective, ce leader d’entreprise prédit la fin de portails en ligne actuels que sont booking.com et Expedia. Son argumentation revient à dire que, si des entreprises telles que les portails précités (et leurs consorts) généraient une valeur pour les investisseurs tout en mettant en place des structures monopolistiques et en commercialisant à grande échelle ces données par le truchement des dépenses significatives de marketing supportées par le client, celles-ci étaient partiellement fondées sur les marges que ces entreprises imposaient aux fournisseurs suite à la création de ces monopoles.

“La blockchain”, poursuit Fritz Joussen, “empêche la pérennité de pareils monopoles en offrant un accès non discriminant à tout.” Il est donc évident que ‘l’accès à tout’ nécessite la mise en place d’une blockchain publique. TUI utilise provisoirement une version privée, développée en interne, afin d’optimaliser ses processus internes ainsi que la distribution de son propre inventaire. Toujours lors du briefing fin août à Londres, où Joussen qualifiait ses propos d’éminemment ‘personnels’, il s’est bien abstenu de préciser si sa blockchain TUI s’ouvrirait ou non à des tiers. Il est clair que le top manager de TUI envisageait la possibilité de faire de la blockchain TUI un ‘terrain d’échange’ pour les hôteliers désireux de distribuer le contenu global des produits et du portefeuille sans devoir encore se soucier des marges “monopolistiques qui sont aujourd’hui encore prélevées par des intermédiaires en ligne”.

A l’heure actuelle, près de 30 membres du personnel seraient, toujours selon Joussen, attachés au sein de TUI au développement du concept blockchain. Il attend de pouvoir réaliser dans les cinq ans une économie de quelque 100 millions d’euros par an en implémentant intelligemment la blockchain.

En outre, l’idée maîtresse portant chez TUI le nom de Stratégie TUI 2022 inclut un projet de blockchain appelé BedSwap. La blockchain permet ainsi à TUI de varier ses propres inventaires hôteliers entre les différents points de vente en fonction de la demande et d’adapter ses marges de vente ad hoc en intégrant le système yield TUI à la blockchain. Les données consommateur obtenues de la sorte seraient ensuite introduites lors d’une phase ultérieure dans la plateforme blockchain alors que la liaison avec un moteur de marketing TUI pourrait ensuite incorporer un engin de recherche de choix qui permettrait ainsi de créer une relation de marketing one-to-one avec le client.

Une autre remarque importante relevée à Londres concernait la cession de la plus grande banque de lits mondiale Hotelbeds en avril 2017 au groupe d’investissements financiers Cinven pour un montant de 1,2 milliard d’euros. Joussen (qui, dans une existence précédente, était ingénieur logiciel et ex-ceo de Vodafone Allemagne) a la sainte conviction que l’avènement de la blockchain menacera le business modèle de la banque de lits et la survie de tous ses intermédiaires.

Conclusion 

Tout ce qui précède semblera encore bien loin à de nombreux lecteurs, il n’en demeure pas moins pas qu’une success-story telle que celle du groupe Preussag laisse rêveur. Historiquement ancré dans le non-ferreux, le groupe a pu devenir par le développement de ses activités maritimes, croisières et cargos un acteur mondial en tant que voyagiste classique, réalisant 50% de ses bénéfices d’exploitation au départ du propre patrimoine hôtelier et croisiériste, tout en développant un business modèle technologiquement motivé dans l’ère numérique, bien qu’issu du monde de l’analogique! Plus que jamais, affaire à suivre.*
*Vous en apprendrez plus sur Fritz Joussen et sa vision pour le futur de TUI demain, dans son interview avec le journal De Tijd. Le grand patron était mardi dernier à Bruxelles à l’occasion de la journée annuelle ‘Employees Day’. Fait surprenant, il est intervenu sur la nécessité et sa conviction de l’intérêt des compagnies aériennes propres, opérant des lignes et des slots indépendants afin de développer des régions touristiques sans devoir dépendre de qui que ce soit.

Robrecht Willaert, directeur et rédacteur en chef de Travel Magazine

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