Analyses, Association professionnelle

Congrès UPAV 2019 (Partie 1)

Pour un secteur plus durable

Comment transporter environ 130 personnes entre la Belgique et l’Oise de la manière la plus durable possible? En avion? Soyons réalistes. En train? Presque. En car? Eh oui, en car. Cette année, l’UPAV plaçait son congrès annuel sous le signe de la durabilité, et c’est l’autocar qui s’est avéré avoir l’empreinte carbone la moins élevée. C’est donc à bord de cars des Voyages Léonard et d’Atlas-Cars que les participants ont d’abord relié Lille, premier arrêt de ce Congrès itinérant, le 28 septembre dernier.

Par Laurent Versin, Staff Reporter Travel Magazine

TC sur toutes les lèvres

L’information n’aura échappé à personne: Thomas Cook n’est plus (ou presque). Et cette disparition impacte tout le secteur.  Voilà le constat établi par Benoit Dieu, président de l’UPAV à l’ouverture de la première plénière du congrès. Il n’aura pas manqué de rappeler la valeur des agents de voyages et toute l’importance de leur fonction dans des situations comme celle que nous avons affrontée ces derniers jours.

Absent physiquement de ce congrès 2019, Mark De Vriendt a tenu à s’adresser aux participants par écrans interposés pour faire le point sur la situation et les différentes actions entreprises par le Fonds de Garantie Voyages suite à la faillite de TC.  Mark De Vriendt: “La priorité est au rapatriement. Normalement, 95% des voyageurs seront rapatriés pour le 6 octobre. Les 5% restants représentent 65 personnes. Pour ce qui est des remboursements, nous demandons de la patience et de la compréhension. L’étude des dossiers de remboursement débutera fin octobre début novembre, une entreprise qui concerne 50.000 voyageurs”. Interrogé par Benoit Dieu sur l’impact financier de cette faillite, Mark De Vriendt commente: “J’ai toujours parlé d’un minimum de 20 millions d’euros. Ce sera probablement plus, mais je répète que cela ne dépassera pas les capacités dont dispose le Fonds de Garantie, tout en sachant que je ne dispose pas encore des listes pour les voyages 2020 qui avaient déjà été réservés chez TC.” Il est clair que l’impact sur le GfG sera conséquent, mais son general manager rassure que les cotisations au Fonds ne devraient pas augmenter.

Le secteur se mobilise donc pour faire face au chamboulement causé par la faillite de Thomas Cook. Il faudra simplement s’armer de patience tandis que le GfG assure le suivi des dossiers concernés par cette faillite.

La formation des agents de voyages prend tout son sens dans ce genre de situation. Et la formation est justement un objectif de la Belgian Travel Association (BTA), emmenée par Michel Van Lieshout. Il dresse le bilan des travaux de communication de la BTA, qui s’avère encourageante. “Le nombre de visiteurs unique affiche une croissance continue, nos campagnes sur les réseaux sociaux drainent pas mal de visites vers notre site web. L’engagement sur nos posts Facebook est également plus important que la moyenne, preuve de l’intérêt que suscitent nos actions. Nous comptons aussi déjà 23 agences CERTA pour 2020, et pas moins de 187 formations avaient déjà été encodées au 15 août, contre 200 pour tout 2018. Nous allons maintenant dresser une carte par province des agences membres et non-membres afin de développer notre réseau.”

Après cet état des lieux, il était temps de laisser la place au thème principal de ce congrès, la durabilité dans le secteur touristique. Michelle Eskenazi, fondatrice de l’asbl ‘Tourisme Autrement’ nous a tout d’abord exposé ce qu’est le tourisme durable, réponse à l’industrialisation du tourisme. Une belle introduction au sujet dont on retiendra que ce tourisme se justifie également par une certaine viabilité économique qui reste aujourd’hui encore, le nerf de la guerre.

Jean-Philippe Gold, directeur du Comité Régional des Congrès et du Tourisme des Hauts-de-France et Thierry Bogaczyk, directeur de l’Office de Tourisme de Roissy ont ensuite pris la parole pour présenter les initiatives durables aussi bien sur le plan de l’expérience des visiteurs qu’au niveau des projets fonciers qui animent actuellement leurs zones d’activités.

Après le traditionnel workshop des partenaires, le congrès a pris la route vers Chantilly pour rejoindre l’hôtel Mercure Chantilly Resort & Convention et clôturer la journée par un dîner sponsorisé par FTI Ticket shop et l’UPAV.

Durable, oui, mais comment?

Le deuxième jour de ce congrès poursuivait sur la lancée du premier, avec une première conférence réunissant quatre acteurs majeurs du transport en Belgique pour présenter les projets futurs de leur secteur par rapport à l’évolution du tourisme. Herman Carpentier, VP Aeropolitical, Government and International Relations & CFO de Brussels Airlines a entamé son intervention par une remise en perspective du flygskam, cette honte de prendre l’avion pour partir en vacances qui se répercute déjà sur les chiffres de passagers en Scandinavie. L’aviation subit en effet de nombreuses attaques quant à ses émissions de CO2, or il s’avère que le secteur des transports représente 22% des émissions carbone totales. Seuls 11% de cette part sont émis par l’aviation, alors que le transport routier est responsable de 73% des émissions du secteur des transports.

Selon Herman Carpentier, la dépendance aux carburants fossiles restera importante dans un avenir proche. A terme, les appareils devraient devenir hybrides voire même entièrement électriques, mais la technologie actuelle ne permet pas encore de rendre ces modèles rentables économiquement. Les compagnies et les constructeurs font quoi qu’on en dise d’énormes efforts pour réduire leurs émissions, malgré le développement important du secteur. Lufthansa a par exemple quadruplé son nombre de passagers en 25 ans, mais seulement doublé ses émissions grâce à l’utilisation d’appareils plus économes et moins polluants. L’objectif est aujourd’hui d’alléger les avions, d’utiliser du kérosène synthétique et de développer les systèmes de contrôle des émissions.

Veerle De Boeck, Secrétaire Générale de la FBAA, la fédération des autocaristes de Belgique, lui a emboîté le pas en remarquant que la part de marché de l’autocar augmente à nouveau depuis 2014 tandis que la voiture perd de la vitesse. Un beau pas en avant pour les transports collectifs qui sont par définition moins polluants qu’une série de véhicules privés. Tout comme dans l’aérien, les carburants et moyens de propulsion des autocars évoluent à pas de géant ces dernières années. Les technologies diesel continuent de s’améliorer, tandis que les huiles végétales, le GNL, la technologie hybride et les piles à combustible et l’hydrogène gagnent en intérêt. La route est encore longue, mais énormément de travail a déjà été abattu et force est de reconnaître que la norme Euro6 à laquelle sont soumis tous les nouveaux autocars est une belle avancée dans la réduction des émissions nocives, et pas seulement du CO2.

Bernard Fontenelle, Delegate director Sales chez Thalys est ensuite intervenu. Chez Thalys, on ressent bien la pression pour répondre aux défis climatiques. 40% de l’électricité utilisée par les trains à grande vitesse rouges aux Pays-Bas est issue de l’éolien, et ce pourcentage s’élève même à 60% en Allemagne (ndlr. pays qui produit encore pourtant une grande partie de son électricité grâce aux centrales à charbon).

Bernard Fontenelle a également profité de l’occasion pour postuler que sur le sujet de la durabilité, les batailles d’études et de chiffres pour voir qui était le moins polluant avaient finalement peu d’intérêt, mais que chacun devait faire des efforts pour réduire son impact environnemental au maximum. Il poursuit: “les différents modes de transport sont complémentaires et doivent être choisis en fonction du déplacement.” Une approche que l’UPAV a adoptée dans le choix du car comme moyen de transport de ce congrès, cette solution s’avérant la plus durable pour les trajets à effectuer durant ce week-end.

Les grands acteurs du tourisme ne restent pas et ne peuvent plus rester inactifs face à l’urgence climatique non plus. C’est ce que Stéphane Gengoux, Account manager et Distribution chez TUI s’est fait un plaisir de présenter. Le groupe TUI a en effet décidé d’intégrer la durabilité dans toutes les étapes des voyages des clients. De l’agence aux hôtels de séjour, TUI est bien conscient de l’impact de ses activités sur l’environnement et tend à réduire sa consommation générale d’électricité, d’eau et de carburant en utilisant des appareils plus économes, de l’éclairage LED, en bannissant le plastique à usage unique, etc. Sans parler encore de la TUI Care Foundation qui apporte encore une perspective solidaire aux différentes actions menées par le groupe.

Enchanté Chantilly

Après une présentation de l’initiative Greentripper, qui propose des solutions de compensation des émissions carbone, Damien Maréchal (administrateur de l’UPAV) a fait étalage d’une nouvelle application qui permet aux agents de voyages d’envoyer les conditions générales de vente de manière digitale à leurs clients, évitant ainsi des montagnes de papier. Selon que le client réserve un voyage à forfait, des services de voyages uniques, ou une prestation de voyage liée, l’application Tripslex permet de choisir les bonnes conditions et de les signer de manière électronique, une belle initiative pratique qui prend également en compte la durabilité dans sa démarche intégralement digitale.

Koen van den Bosch (VVR) et Anne-Sophie (secrétaire générale de l’UPAV) ont ensuite clôturé la matinée par une présentation du Belgian Travel Summit et des Hackatons à venir sur les différents thèmes abordés lors de ce sommet. Le premier sur le thème (tiens tiens…) de la durabilité se tiendra cet automne à la haute-école Thomas More à Malines.

 

Le marais de Sacy.

Il était alors grand temps de découvrir la région qui accueillait ce congrès. Le groupe a alors été séparé en trois délégations. La première a pu visiter le splendide château de Chantilly, un splendide domaine typiquement classique à la française. Le second groupe a profiter d’une après-midi dans la ville de Chantilly, là où la célèbre crème est née tandis qu’un troisième détachement s’est aventuré dans les marais de Sacy, une tourbière devenue réserve naturelle où la gestion des ressources et du territoire se fait suivant les dernières avancées scientifiques en termes de préservation de la biodiversité et du paysage.

Pour clôturer cette journée bien remplie, TUI invitait les congressistes dans le cadre spectaculaire des écuries de Chantilly, les plus grandes d’Europe. L’édifice, qui abritait autrefois pas moins de 200 chevaux et 400 chiens est aujourd’hui toujours utilisé pour des spectacles équestres, abrite le musée du Cheval, et nous accueillait pour cette soirée dans un cadre magique.

Pour garder votre attention et ne pas vous dévoiler tout d’un coup, nous vous donnons rendez-vous dans cette même newsletter la semaine prochaine pour la suite du compte-rendu de ce congrès. 

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