Carsten Spohr, CEO Lufthansa Group

Les résultats de Brussels Airlines sont cruciaux pour la croissance”

“Les syndicats font ce qu’ils pensent avoir à faire. Mais je vous le dis, si Brussels Airlines n’obtient pas de meilleurs résultats, il ne faudra pas s’attendre à un cadeau de notre part. Au sein du groupe Lufthansa, nous appliquons cette règle: ceux qui réalisent de meilleurs résultats pourront compter sur notre soutien indéfectible. Il est important que le personnel et les syndicats à Bruxelles le comprennent bien.”

Voilà les mots de Carsten Spohr, ceo de Lufthansa Group, seul propriétaire de Brussels Airlines depuis décembre 2017. Le ceo a en effet accordé une interview exclusive à Travel Magazine à Sydney lors du congrès annuel de l’IATA réunissant le gratin de l’aviation mondiale.

Mi-mai, les pilotes de Brussels Airlines ont interrompu le travail pendant deux jours en raison de la charge de travail et une insatisfaction salariale. Ces actions ont touché plus de 60.000 passagers.

La proposition initiale d’un plan de compensation flexible prévoyant une augmentation de 3% du salaire brut des pilotes à partir du 1er janvier 2019 et de 3% supplémentaires à partir de 2020 si la croissance stagnait a été refusée. Depuis, les négociations ont repris et on s’attelle au rétablissement de l’équilibre entre travail et vie privée, ce qui constitue la principale frustration des pilotes de SN.

Carsten Spohr
© LH Group

Carsten Spohr: “Nous sommes très clairs quant à notre stratégie. Le groupe Lufthansa compte 15 compagnies aériennes. Celles qui réduisent leurs frais et qui tirent les revenus vers le haut peuvent compter sur notre soutien. Un bon exemple est SWISS, qui réceptionnera bientôt de nouveaux appareils pour compléter sa flotte. Austrian Airlines et Brussels Airlines ont obtenu de moins bons résultats, ces compagnies ne doivent donc pas s’attendre à des investissements supplémentaires dans l’immédiat. En d’autres termes: leur sort est entre leurs mains.”

“Au sein du groupe Lufthansa, Brussels Airlines est une compagnie relativement petite. Si la compagnie est touchée par une grève, cela se ressent directement dans ses résultats. Avec Lufthansa en Allemagne, nous avons aussi connu des périodes difficiles et du faire face à des grèves de longue durée, mais les résultats (financiers) ont été moins sensibles pour la simple et bonne raison que nous étions mieux préparés à une diminution des revenus à tous les postes.”

Entre temps, l’intégration de Brussels Airlines à Eurowings (autre filiale de Lufthansa) et l’installation de la nouvelle ceo Christina Foerster bat son plein. Qu’en sera-t-il de Brussels Airlines en 2020? Le personnel et surtout les pilotes sont inquiets pour leur avenir.

Carsten Spohr: “Première chose: ils n’ont pas de raison d’avoir peur, ni de qui, ni de quoi que ce soit. Je dirais que Brussels Airlines est trop petite pour être une histoire à succès à elle seule. Les employés de Brussels Airlines devraient soutenir l’intégration à Eurowings afin d’aider à augmenter les marges et les bénéfices. Le groupe Lufthansa n’a pas besoin de ces synergies, et Eurowings encore moins. Brussels Airlines en a au contraire grandement besoin pour se développer à l’instar de SWISS pour se permettre de nouveaux appareils et de nouvelles destinations.”

Quelle est votre réaction face à la grève de pilotes chez Brussels Airlines?

“J’étais étonné, mais également déçu. Je pensais justement que Brussels Airlines voulait augmenter ses bénéfices pour permettre l’achat d’appareils supplémentaires et un développement plus avant, et non l’inverse. Les grèves coûtent de l’argent, beaucoup d’argent. La conséquence est la diminution des marges bénéficiaires et des résultats financiers qui ne sont pas à la hauteur des attentes.”

“Brussels Airlines appartient aujourd’hui au groupe aérien à la croissance la plus rapide d’Europe avec 210 nouveaux appareils en commande. Pour revenir sur votre question de savoir où Brussels Airlines sera en 2020, eh bien sur les lignes moyen et court-courrier, la compagnie sera mieux et davantage intégrée à Eurowings. En 2020, l’élément belge restera bien présent. Pour les long-courriers, je ressens un besoin d’intégration moins important, car nous sommes d’avis que Brussels Airlines peut devenir le centre de compétences d’Eurowings. Pour les vols long-courriers, cette croissance peut se réaliser à Düsseldorf alors qu’à Bruxelles, il faudra que les marges bénéficiaires le permettent. Mais encore une fois: si les objectifs fixés ne sont pas atteints, les investissements supplémentaires et la croissance ne seront pas à l’ordre du jour.”

Le nom Brussels Airlines sera-t-il conservé?

“Ce sera la ceo de Brussels Airlines (ndlr. l’Allemande Christina Foerster) qui décidera. Je vois moins la nécessité de changer de nom pour les vols long-courriers. Tout le monde connaît Brussels Airlines en Afrique, mais personne ne connaît la compagnie en Scandinavie, à Madrid ou ailleurs en Europe. Elle reste anonyme aux Etats-Unis et en Asie également. Eurowings doit devenir le visage de notre réponse paneuropéenne aux compagnies low cost telles que Ryanair et easyJet.”

Vous ressentez la pression de ces deux casseurs de prix?

“Les événements des derniers mois chez Ryanair auront certainement une influence sur leurs résultats. La reconnaissance des syndicats et tout ce qui va avec leur coûtera énormément d’argent. J’imagine que leurs bénéfices vont stagner ou baisser. Comparativement, Eurowings et Lufthansa atteignent leurs objectifs.”

Luk De Wilde, senior aviation newsletter editor Travel Magazine

 

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