Analyses

BTO: “Les compagnies aériennes veulent étrangler les agences de voyages”

Une réunion de l’APJC Belux au sujet de l’IATA est prévue pour ce lundi 12 mars. Il s’agit de l’organe de concertation des compagnies aériennes avec la distribution voyagiste. A l’ordre du jour: une révision du modèle de facturation (remittance scheme) des billets d’avion vendus par les agences de voyages. Les compagnies aériennes affiliées à l’IATA souhaitent ramener le délai de paiement de deux semaines à une. Et la BTO de déclarer: “Il s’agit ni plus ni moins que d’une tentative d’étrangler les agences de voyages. Tout d’abord, prenons quelques chiffres objectifs qui brossent le tableau de l’environnement économique et financier dans lequel se dispute le bras de fer. Il ne s’agit pas uniquement qu’on s’attende plutôt à une telle tentative lorsque la conjoncture est morose. Non, depuis un certain temps, l’économie et la confiance des entrepreneurs semblent reprendre des couleurs. Les intérêts restent à un niveau plancher. Et surtout: les niveaux de liquidités sont confortables.Il faut donc chercher plus loin.”

Etude Graydon

L’ambition égoïste des compagnies aériennes de tout faire payer dans la semaine va à l’encontre de l’évolution effective des délais de paiement. C’est précisément ce qu’a démontré une récente étude publiée par Graydon relative à l’hygiène de paiement en déclin dans notre pays. Les entreprises, les pouvoirs publics et les institutions semblent prendre leurs débiteurs de moins en moins au sérieux. Exemple: au cours du troisième trimestre 2017, les gouvernements fédéraux ne se sont acquittés que de 61% de leurs factures dans les temps, tandis qu’ils en ont réglé 11% avec plus de 90 jours de retard ou ne les ont pas payées du tout. Au niveau du gouvernement flamand, ce chiffre s’élève à 51%. Même fléau au niveau des entreprises, où cette spirale infernale en matière d’hygiène de paiement a déjà débuté fin 2016. Fin 2017, les chiffres des entreprises étaient de respectivement 10,81%, 12,55% et 12,13% pour la Flandre, la Wallonie et Bruxelles. Et l’étude Graydon d’affirmer: “Le paiement tardif semble être un problème structurel dans de nombreux secteurs. Si nous n’y remédions pas, nous fonçons tout droit vers une augmentation sensible des dommages économiques avec un accroissement du nombre de difficultés pour les entreprises, assorti d’une explosion du nombre de faillites.”

Excellents chiffres des compagnies aériennes

Au niveau du groupe IAG, on s’attend pour 2017 à une augmentation de 18% des bénéfices opérationnels. Le groupe Lufthansa a enregistré un doublement de ses bénéfices au cours du premier semestre 2017 (avant intérêt et taxes). La situation est légèrement moins favorable chez Air France-KLM, mais les bénéfices dépasseront quand même 1,4 milliard d’euros pour 2017.

Un objectif: étrangler les agences de voyages, affirme la BTO

Quiconque examine cette situation ne peut le nier. Il s’agit d’une déstabilisation de la distribution indirecte, en d’autres termes les agences de voyages. La mesure proposée (remittance hebdomadaire) n’a certainement pas pour objectif d’améliorer le cash-flow des compagnies aériennes. Il s’agit purement et simplement d’une énième tentative d’une série de compagnies aériennes de déstabiliser la position financière de la distribution pour ainsi stimuler leur propre distribution. Sur le marché leisure, les agences de voyages peuvent encore demander à leurs vacanciers de régler à la réservation afin d’éviter de futures augmentations tarifaires. La plupart des clients business sollicitent un report de paiement d’un mois ou plus. Dans l’hypothèse où un client paie l’agence de voyages un mois après l’émission du billet, l’agence de voyages est tenue de payer ce billet plus rapidement à la compagnie aérienne qu’elle ne perçoit l’argent du client. Il n’existe que peu d’agences de voyages qui disposent de moyens financiers suffisants pour pouvoir avancer ce montant. Les clients sont ainsi forcés de payer par carte de crédit. Dans certains cas, les agences de voyages paient elles-mêmes les billets avec la carte de crédit de l’agence, ce qu’interdit expressément l’IATA, à moins d’un accord bilatéral formel entre l’agence de voyages et la compagnie aérienne. Le raccourcissement des délais de paiement pour les billets IATA aura un impact négatif lourd et immédiat sur la trésorerie des agences de voyages. La BTO lance un appel aux autres composantes de l’industrie voyagiste pour plaider ensemble en faveur du maintien de la remittance bimensuelle, toujours d’application d’ailleurs dans la plupart des grands pays européens.

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