Analyses

L’intégration de Brussels Airlines à Eurowings: une fausse bonne idée

Un soupir de soulagement a résonné entre les murs de la b.house. Le siège de Brussels Airlines a tremblé lundi matin quand les danses de la joie ont éclaté sous le soleil de l’été. Il ne faut pas être expert en la matière pour se rendre compte que la dissociation d’Eurowings est la meilleure nouvelle depuis des années pour notre compagnie nationale.

Intégrer Brussels Airlines à Eurowings n’a jamais été une bonne idée. Personne n’était favorable à ce plan, à part à Cologne et à Francfort. Des observateurs sceptiques ont même prédit il y a trois ans – et ils n’avaient pas tout à fait tort – la fin de Brussels Airlines. A l’exception de l’ancien PDG Bernard Gustin, l’agitation populaire ne s’est pas emparée de grand monde.

Carte blanche

Lufthansa, unique propriétaire de Brussels Airlines depuis 2016, avait carte blanche. Flanqué du comte Etienne Davignon (président de SN Airholding) et du patron d’Eurowings Thorsten Dirks, le PDG Carsten Spohr (ancien pilote d’A320) a annoncé que Brussels Airlines ferait partie de ce qu’on appelait encore à l’époque Germanwings.

Il avait un plan: protéger son marché (l’Allemagne) contre la montée en puissance de son concurrent, Ryanair. Les questions concernant la manière dont Brussels Airlines, avec son modèle hybride (vols long-courriers et réseau européen), serait intégrée dans l’ensemble ont été contournées ou détournées lors de la conférence de presse. Pour Bernard Gustin et son équipe, cela n’augurait rien de bon. Ils allaient voir s’évaporer l’entité belge en dépit de tous les efforts qu’ils avaient livrés, et ce, afin de faire place d’ici 2019 à des projets qui paraissaient alors très vagues.

Nervosité

Nous voilà en juin 2019, et l’intégration de Brussels Airlines à Eurowings n’est plus à l’ordre du jour. Embarrassé par les lourdes pertes d’Eurowings (-257 millions d’euros au premier trimestre 2019) après une année 2018 médiocre, le patron de Lufthansa n’avait pas d’autre issue.

Avec des actionnaires de plus en plus nerveux au vu des mauvaises prévisions, un processus d’intégration SN/EW qui ne convainc pas ni sur papier ni en réalité et deux partenaires – l’Allemande Christina Foerster et le Belge Dieter Vranckx – qui ne sont plus très enthousiastes à l’idée de donner corps à une fusion artificielle, Carsten Spohr n’avait pas d’autre choix qu’une intervention drastique. Et ce n’est pas tout: la tentative de limiter la montée en puissance de Ryanair et easyJet en Allemagne n’a jusqu’ici pas abouti non plus. Et il en va de même pour deux autres marchés où le groupe Lufthansa est relativement fort, à savoir l’Autriche et la Belgique.

Royalement tard

Il est royalement tard pour changer son fusil d’épaule maintenant. Lutter contre Lauda/Ryanair en Autriche avec Austrian Airlines n’est pas une sinécure. S’attaquer à Ryanair en Belgique avec Brussels Airlines n’est pas une promenade santé non plus. L’alarme lancée la semaine dernière par Lufthansa est une conséquence logique de la situation catastrophique chez Eurowings. Les autres compagnies du groupe Lufthansa s’en sortent pour leur part plutôt bien malgré les prix en hausse du kérosène et la concurrence accrue. L’intervention visant à redonner à Brussels Airlines une partie de sa liberté amène à se poser des questions sur l’avenir de cette filiale de Lufthansa. Près de l’ensemble du management de la compagnie belge a démissionné au cours des derniers mois ou a été licencié. Et la b.house a perdu beaucoup de savoir-faire avec leur départ. L’entreprise allemande espère que Brussels Airlines va enregistrer bien plus de bénéfices en volant de ses propres ailes, même si rien n’est clair sur la façon dont ça se déroulera. Un ‘plan de redressement’ devrait être présenté à l’automne. Pour la PDG Christina Foerster, Brussels Airlines va d’abord devoir passer par ‘la salle de sport’. Personne ne sait si elle aura ensuite droit à une douche froide ou à un bain chaud. Quoi qu’il en soit, ce sera avec le soutien de sa mère allemande. Sinon, ses chances de survie sont très minces.

Suffisamment de chances

Une question se pose: le groupe Lufthansa est-il prêt à positionner Brussels Airlines en tant que ‘compagnie de réseau’ de la même manière que ce qu’il avait fait et fait encore aujourd’hui avec SWISS et Austrian Airlines? Brussels Airlines aura-t-elle les mêmes chances que les autres? Cela pourrait se concrétiser par exemple grâce à un rajeunissement de sa flotte, à l’ajout de nouvelles destinations en Afrique, et peut-être aux Etats-Unis et en Asie, au soutien de la marque et grâce à beaucoup de confiance et de patience. Car du temps et de la patience seront nécessaires pour que Brussels Airlines déploie à nouveau ses ailes en tant que marque propre au sein de Star Alliance après 2,5 ans d’intégration au sein d’Eurowings.

Les quelque 4.100 membres du personnel et 10.000 passagers sont en tout cas prêts pour ce changement.

 

Luk De Wilde, senior aviation editor

Comments