Analyses

Airbnb: génie ou arnaque?

Qu’on ait déjà tenté l’expérience ou non, le nom d’Airbnb nous est désormais tous familier. La plateforme née en 2007 à San Francisco était l’objet de la deuxième réunion du Skal Bruxelles, organisée le mercredi 22 novembre au Courtyard by Marriott à Bruxelles. Le concept de la plateforme de réservation a fait ses preuves en très peu de temps, et compte aujourd’hui de nombreux adeptes, mais que lui reprochent concrètement ses détracteurs? Dans son introduction du sujet, Claude Boumal a cité trois raisons principales: la concurrence avec les hôtels, la professionnalisation constante de la plateforme (entre autres via la multiplication des hébergements) et le fait qu’elle échappe aux impôts. Sans oublier la question de la sécurité.

Tout n’est pas tout rose

Des orateurs concernés directement par le sujet se sont ensuite succédé pour donner leur avis sur Airbnb et ses conséquences. Rodolphe Van Weyenbergh, secrétaire général de la Brussels Hotels Association (BHA), a pris la parole en premier pour remettre directement les choses dans leur contexte: aussi phénoménal qu’Airbnb puisse sembler, la plateforme n’a strictement rien inventé, l’idée de base de l’auberge existe depuis des siècles. Il ne s’agit au final que d’une ‘plateforme de mise en relation’. En revanche, on peut lui reconnaître l’implémentation d’une nouvelle forme de commercialisation de ce type d’hébergement, et ce, à l’aide d’une redoutable communication. “Redoutable et pour le moins opaque”, poursuit Rodolphe, car les uniques chiffres dont on dispose sont ceux que la plateforme daigne octroyer à la presse (et qui sont difficilement vérifiables), ne collaborant ainsi pas à 100% à la transparence de ses activités. Dans ce contexte, la BHA accepte la concurrence initiée par Airbnb, mais demande que la bataille soit loyale, à armes égales, que la question de la fiscalité soit réglée une bonne fois pour toutes afin que le développement du secteur hôtelier ne s’en voie pas déséquilibrer.

Plateforme globale, problème local

En effet, le concept d’Airbnb est sympa quand on voyage, mais s’est-on déjà posé la question de ses conséquences au niveau local, chez nous? La position du Syndicat National des Propriétaires et Copropriétaires, représenté par son président Olivier Hamal, est plutôt réservée, voire hostile. “Que certains propriétaires ou locataires accueillent des voyageurs chez eux pour arrondir leurs fins de mois (dans un cadre légal à définir de manière stricte), d’accord, mais que d’autres achètent ou louent un nouveau bien en vue d’y ‘faire’ du Airbnb, ça non!” Car dans ce cas, Airbnb vient faire de la concurrence au marché résidentiel classique, et nous ne pouvons pas accepter ça. Un avis appuyé par José Garcia, secrétaire général du Syndicat des locataires, qui accuse lui aussi Airbnb de concurrence déloyale. Faut-il l’interdire pour autant? “Non”, déclare-t-il, “interdire serait contre-productif, car Airbnb offre des possibilités supplémentaires de se loger, mais cela doit se faire aux mêmes conditions que les autres hébergements.” Car l’utilisation massive de la sous-location à des fins touristiques dans des quartiers résidentiels devient un véritable problème dans certaines villes, et les exemples relayés par la presse se font de plus en plus nombreux.

Une spécialisation qui pose question

Dernier orateur de la soirée, Philippe Hagelstein, administrateur de Gigatour, venait transmettre la voix de l’industrie touristique. “Les agents sont évidemment à 100% derrière leurs fournisseurs hôteliers du monde entier”, a-t-il déclaré. La question qu’il reste à trancher est: Airbnb est aujourd’hui arrivé à un niveau industriel, où va-t-il s’arrêter? La plateforme menace d’autant plus notre secteur qu’elle s’ouvre aux professionnels. Rodolphe Van Weyenbergh nous explique que Airbnb vise aujourd’hui la clientèle d’affaires, c’est d’ailleurs dans ce segment que la plateforme enregistre sa plus forte croissance, notamment grâce à la possibilité de créer un compte d’entreprise. Et qu’en sera-t-il si, un jour, Airbnb décide de passer un accord avec des compagnies aériennes? La plateforme tombera-t-elle sous la catégorie des voyages à forfait? Au moins, elle ne pourra ainsi plus échapper aux régulations…

Tous les orateurs étaient donc sur la même longueur d’onde lors de cette soirée-débat, s’accordant pour dire qu’Airbnb était le bienvenu, mais aux mêmes conditions que les autres exploitants d’hébergement touristiques. Ils ont d’ailleurs salué la réglementation inédite mise en place par la Région bruxelloise, laquelle vise à soumettre l’ensemble des exploitants à une obligation d’enregistrement.

Le Skål International Brussels sera partie prenante d’une réunion mi-décembre au cabinet du Ministre-Président de la Région bruxelloise, qui rassemblera tous les acteurs concernés par l’activité de cette plateforme pour échanger sur la construction d’une communication concertée. D’autre part, le Skål de Bruxelles annoncera bientôt d’autres soirées-débat intéressantes par le biais de son président Richard Eeckhout.

Margaux Descamps, Staff Reporter

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